L’adaptation: un projet de société

Le 23 décembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le temps des petits gestes est révolu,estime le climatologue Hervé Le Treut.
Le temps des petits gestes est révolu,estime le climatologue Hervé Le Treut.
VLDT

Professeur à Sorbonne Université et à l’Ecole Polytechnique, le climatologue Hervé Le Treut préside aussi le comité scientifique du Forum international de la météo et du climat. Cette organisation consacre, le 30 septembre, son colloque scientifique annuel à l’adaptation aux conséquences des changements climatiques. Un événement dont le JDLE est partenaire. L'occasion de considérer enfin l'adaptation comme un véritable sujet de société, espère l’ancien patron de l’Institut Pierre-Simon Laplace.

(Interview publiée le 29 septembre 2020)

L’adaptation, c’est un sujet maltraité selon vous ?

Cette politique n’est pas considérée comme elle devrait l’être. En rejetant autant de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, nous avons fortement obéré l’avenir. Cela nous oblige à avoir une réflexion d’ensemble sur notre futur. Nous devons tout à la fois réduire nos émissions de GES (atténuation) et nous préparer à vivre dans un environnement qui va évoluer sur une longue durée.

 

Il existe pourtant une stratégie nationale de l’adaptation…

S’adapter aux effets du réchauffement, ce n’est pas seulement élever des digues ou faire remonter en latitude les vignobles. Il s’agit d’avoir, sur un territoire donné, une vision systémique. Cette vision prospective doit nous conduire à faire des choix qui doivent intégrer les risques politiques, sociaux, économiques, naturels, mais aussi les questions de transports, d’habitat, d’énergies, d’infrastructures, etc.

 

En présidant aux destinées d’AcclimaTerra, vous coordonnez ce genre de travail, pour le compte de la Nouvelle-Aquitaine. Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

Notre travail consiste à préparer la décision des politiques. Si l’on prend l’exemple de l’eau, nous prenons en compte tout son cycle, tous les usages, ainsi que des problématiques contradictoires, comme le tourisme et la production d’énergie. Les résultats de nos études peuvent influer sur les politiques locales, le plan climat territorial des collectivités locales, par exemple. Mais il est plus difficile de faire évoluer les politiques régionales. Ce qui est problématique. Car, la région est l’étage intermédiaire, entre l’Etat et la commune, où l’on peut encore concilier les politiques d’atténuation et d’adaptation.

 

Lorsque vous présentez aux «forces vives» de la région les conclusions de vos projections climatiques et de leurs conséquences, quelles ont leurs réactions ?

Souvent les gens sont abasourdis par la rapidité et le côté irréversible des mécanismes mis en œuvre. Ils sont, je crois, satisfaits que ce soient des scientifiques qui les alertent. Pour autant, cette phase de sensibilisation ne suffit pas. Nous tentons de leur donner toutes les clés nécessaires à l’action qu’ils sont les seuls à pouvoir engager. Ce n’est pas aux scientifiques de décider ni de mettre en œuvre ces décisions. Elles reviennent de droit aux politiques, aux responsables de l’industrie, de l’agriculture, aux élus locaux. Ce sont eux qui ont la légitimité et la compétence pour effectuer les nécessaires arbitrages qui s’imposent. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le recours aux petits gestes ne suffit plus. Si nous voulons anticiper un monde à 3°C, il faut revoir notre système alimentaire, notre rapport à l’énergie et à la mobilité, notre urbanisme. Si la décarbonation de notre économie est le sujet d’une génération, l’adaptation est un projet de société.