L’accord de Paris sur la voie de la réussite?

Le 04 décembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Et si le réchauffement se stabilisait à 2,1 °C ?
Et si le réchauffement se stabilisait à 2,1 °C ?
Climate Action Tracker

Les derniers engagements climatiques des grands pays émetteurs permettraient de stabiliser le réchauffement à 2,1 °C. A deux doigts de l'un des objectifs fixés par l'accord conclu à l'issue de la COP 21, en décembre 2015. Sommes-nous au bout du tunnel ?

L’Humanité a-t-elle pris conscience de l’urgence climatique? A écouter les discours des décideurs politiques, cela ne fait guère de doutes. A lire la presse généraliste, c’est plus discutable. Autre indicateur possible: l’efficacité des accords internationaux sur la protection du climat. Les deux premiers n’ont eu que des effets marginaux. La convention de l’ONU de 1992 a, certes, mobilisé la communauté internationale sur les effets des changements climatiques. Mais cet enfant du Sommet de la terre n’a pas entravé l’accroissement massif et régulier des émissions anthropiques de gaz effet de serre (Ges).

1992 : 354 ppm (+0,3%/an)

Cinq ans plus tard, les parties à la convention lui donnent un petit côté contraignant. La COP 3 adopte l’amendement de Kyoto, texte qui oblige, collectivement, les pays les plus industrialisés de l’époque (la Chine n’en fait pas partie) à réduire, en moyenne, de 5% leurs émissions entre 1990 et 2012.

1997 : 364 ppm (+0,8%/an)

Entré en vigueur en 2005, le protocole de Kyoto sera une réussite … à son corps défendant. Collectivement, les 37 pays impliqués réduiront de 24% leurs émissions durant la période considérée. Cette réussite est essentiellement attribuable à l’effondrement de l’industrie lourde des pays de l’ancien bloc soviétique.

2009 : 387 ppm (+0,5%/an)

C’est durant l’échéance de Kyoto que l’on prévoit de conclure un nouvel accord. Rendez-vous est pris à Copenhague, fin 2009. Cette année, l’Union européenne vient de se fixer des objectifs ambitieux: réduire de 20% ses émissions entre 1990 et 2020. Pourtant soutenue par l’UE, les Etats-Unis, la présidence danoise de la COP 15 échoue à faire adopter par les parties un accord international plus ambitieux. Les climatologues ont de quoi s’angoisser. Avec des émissions qui dépassent les 35 milliards de tonnes de CO2 par an, le climat est condamné à s’échauffer de 3,5 °C d’ici la fin du siècle.

2015 : 400 ppm (0+,74%/an)

Il faudra patienter jusqu’en 2015 pour infléchir la courbe. Après deux ans d’intenses pressions diplomatiques, le gouvernement français décroche le Graal politique. Le 12 décembre, quelques heures après l’échéance officielle de la COP 21, le président Laurent Fabius abat son petit marteau vert: l’accord de Paris est officiellement scellé.

Premier accord universel sur le climat (tout le monde participe, cette fois), le texte porté par les Etats-Unis, l’Europe et la Chine fixe un nouvel horizon: les parties devront œuvrer pour stabiliser le réchauffement entre 1,5 et 2 °C. Tous les 5 ans, elles devront réviser à la hausse leurs engagements climatiques. En amont de Paris, les Etats ont été invités à publier leur contribution volontaire nationale (INDC), sorte d’esquisses de politiques climatiques décennales. Disparates, imprécises, elles ne sont pas non plus très ambitieuses.

2018 : 408 ppm (+0,7%/an)

Selon les projections de Climate Action Tracker (CAT), ce catalogue d’actions pourrait, dans le meilleur des cas, stabiliser le réchauffement à 2,6°C. Inquiétant, si l’on se réfère aux effets d’un réchauffement à 1,5 °C évoqués par le rapport spécial du Giec d’octobre 2018. Autre sujet d’inquiétude : les gouvernements, dont le français, peinent à respecter leurs propres engagements. Début 2019, CAT estime le monde placé sur une trajectoire d’émission qui le mènera à un réchauffement de 2,9 °C. Retour vers le futur antérieur ? Pas si sûr.

2019 : 411 ppm (+0,6%/an)

Car, 2020 restera, à tout point de vue, comme une année remarquable. La pandémie devrait faire reculer de 4 à 5% les émissions annuelles mondiales par rapport à 2019. Plus structurel, plusieurs grands émetteurs se sont engagés à infléchir considérablement leurs émissions à moyen terme.

Dans la foulée de l’Union européenne, l’Afrique du Sud, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni et le Canada ont annoncé qu’ils visaient désormais la neutralité carbone pour la moitié du siècle. «C’est en passe de devenir la  nouvelle norme», souligne la présidente de la Fondation européenne pour le climat, Laurence Tubiana. La Chine se donne 10 ans de plus pour atteindre le même but.

Conjugués, ces nouveaux engagements pourraient plafonner à 2,2 °C le réchauffement vers 2100, estiment les prospectivistes de CAT. A moins, bien sûr, que les promesses du futur président des Etats-Unis soient tenues dans la durée. Avec son Green Deal, Joe Biden pourrait faire retomber le mercure du thermomètre planétaire à 2,1 °C. L’un des objectifs de l’accord de Paris serait alors presque atteint.

Ne reste qu’un détail à régler. «Nous devons être sûrs que nos objectifs à court, moyen et long terme sont cohérents», estime Laurent Fabius, ancien président de la COP 21. Or, si les objectifs à 2050 ou 2060 sont bien définis par la Chine ou l’Europe, les voies de la décarbonation restent floues.

Pas plus la France que le Royaume-Uni ne parviennent, par exemple, à respecter leurs budgets carbone. Paris est même contraint par son propre Conseil d’Etat à prouver l’efficacité de ses politiques climatiques. «A mesure que l’on fixait des objectifs à long terme, nous nous sommes écartés des bonnes trajectoires du court terme», résume Adair Turner, l’ancien président du comité britannique sur le changement climatique. La publication des prochaines contributions nationales volontaires (NDC) sera l’occasion de raccrocher court et long termes. Faute de quoi, avance le patron de l’institut international pour le changement climatique et le développement, Saleemul Huq, «2020 sera la plus froide année de la prochaine décennie.»