Le bouquet électrique décarboné de Jean-François Carenco

Le 08 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Jean-François Carenco n'est pas convaincu que l'échéance nucléaire sera tenue en 2035.
Jean-François Carenco n'est pas convaincu que l'échéance nucléaire sera tenue en 2035.
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Auditionné par les députés, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a laissé entendre que la baisse de la part de l’atome dans la production d’électricité pourrait être plus lente que prévu.

Le gouvernement n’est pas seul à penser au plan de relance de l’économie. Les parlementaires poursuivent aussi leur réflexion. C’est dans ce cadre que les membres de la commission des affaires économiques de l’assemblée nationale ont auditionné le 7 juillet, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). L’occasion pour Jean-François Carenco de présenter sa vision du mix électrique futur.

Un bouquet résolument décarboné, mais dont la composition différera du parc de production actuel. Avec moins de nucléaire et plus d’énergies renouvelables. L’ancien préfet estime qu’il faut réduire la part de l’atome (72%)  dans la production d’électricité. «Ill faut le faire, c’est l’avenir. Sinon, on laisse une empreinte écologique qui n’est pas supportable», estime l’ancien préfet de Paris, faisant référence aux déchets nucléaires.

Fermer les vieilles centrales nucléaires

L’ex-préfet coordonateur des bassins Seine-Normandie et Rhône-Méditerranée-Corse voit une autre bonne raison de diminuer la puissance du parc électronucléaire: la baisse du débit des fleuves imputable au réchauffement: «le nucléaire est trop sensible au changement climatique.» Et n’est pas inaltérable non plus: «nos centrales n’iront pas vers 80 ans. […] Il faut fermer parce que ça devient moins secure», passé quatre décennies d’exploitation.

«Evitez les zones blanches». Jean-François Carenco a exhorté les députés à légiférer pour réduire le nombre de zones vides de toute bourne de recharge de véhicules électriques. «Les zones blanches, pour la téléphonie mobile, c'est agaçant, mais ça tue le système de la recharge des véhicules électriques.»

Inévitable, la dénucléarisation partielle ne sera que très progressive. «50% en 2035. Peut-être que ça sera décalé un peu», avance-t-il. «Il faut baisser le nucléaire à mesure que l’on peut faire du renouvelable efficace, qui produit de l’énergie, à des prix raisonnables», indique le patron du régulateur des marchés français de l’énergie. Pour lui, seuls l’éolien marin et le photovoltaïque peuvent prendre le relai des réacteurs qui devront être démantelés. Mais pas n’importe comment.

limiter les recours contre l'éolien

Le solaire devra être conséquent : «l’Allemagne a 50 GWc [de capacités installées photovoltaïques, ndlr], le Japon 64 GWc, nous c’est 10 GWc. Ce n’est pas supportable. Nous ferons des propositions pour que l’avenir puisse exister», souligne le patron de la CRE. Et de proposer aux députés qu’ils modifient la loi pour que la CRE gère, seule, les appels d’offres d’énergies renouvelables.

L’ancien directeur de cabinet du ministre Borloo verrait aussi d’un bon œil une nouvelle limitation des recours contre les projets éoliens. «Il faut accepter de dire que les égoïsmes contre la présence d’éolienne à un kilomètre, ça suffit. Ou alors, on n’aura plus d’énergie.» Pour autant, le gendarme de l’énergie n’est pas favorable à une trop large démocratisation de la production d’électricité. Rappelant qu’en quelques années, le nombre de point d’injection d’électricité sur les réseaux était passé de 150 à près d’un million, Jean-François Carenco se dit aussi très opposé à l’autoconsommation, peu productrice, constitutrice de communautés énergétiques et source de baisse de revenus pour les gestionnaires de réseaux.

plus de réseaux, c'est plus de flexibilité

Des réseaux qui doivent précisément être confortés. Pour assurer la sécurité de l’approvisionnement et autoriser les flexibilités imposées par la transition énergétique: effacement, stockage, interconnexions, économies d’énergie, interruptibilité.

Dit autrement, que va-t-on mettre dans les prochains tarifs d'utilisation des réseaux publics d'électricité (Turpe) ? «En 2019, les revenus des gestionnaires de réseaux ont représenté 24 milliards d’euros, soit presque 1% du PIB», note Jean-François Carenco qui doute que l’on puisse solliciter davantage les consommateurs. D’où l’idée de limiter les facilités de raccordement de certaines installations de production d’électricité d’origine renouvelable. «Est-il utile d’injecter au milieu de nulle part», s’interroge-t-il.