Internet: l’Europe imagine un nuage moins énergivore

Le 09 novembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Google, l'un des pionniers du data center sobre en MWh.
Google, l'un des pionniers du data center sobre en MWh.
Google

La Commission s’inquiète de la consommation croissante d’électricité du cloud.

Que ne ferait-on pas sans l’informatique en nuage? Internet, courriels, stockage de données, minage de cryptomonnaies, 5 G, intelligence artificielle, nous pourrons de moins en moins nous passer de ces puissants serveurs informatiques installés un peu partout. Mais à mesure que nos besoins augmentent, le cloud devient de plus en plus gourmand en électrons.

La Commission européenne publie, ce lundi 9 novembre, une étude sur l’efficacité énergétique de cette informatique décentralisée. Produisant une part croissante du chiffre d’affaires des GAFAM, le nuage commence à prendre une place considérable sur le marché de l’électricité européen. Entre 2010 et 2018, la consommation d’électricité de cette batterie de data centers est passée de 54 à près de 77 TWh/an dans l’UE 28.

consommation croissante

Pour des raisons fiscales et de sécurité d’approvisionnement électrique, l’essentiel du nuage stationne en Allemagne, en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. En 2018, ces pays assuraient 58% de la demande d’électricité du cloud européen (44 TWh/an).

Les serveurs dédiés au nuage sont en grande partie responsables de cette inflation énergétique. «En 2010, notent les rapporteurs, les centres de données informatiques en nuage représentaient 10% de la consommation des centres de données. Ce pourcentage est passé à 35% en 2018 et devrait atteindre 60% en 2025.» Au rythme actuel de développement du parc, ces batteries d’ordinateurs en réseau engloutiront plus de 92 TWh: l’équivalent de 20% de la demande française annuelle d’électrons.

digitalisation en cours

De nombreux signaux laissent penser que cette inflation va continuer. A commencer par la digitalisation en cours de l’économie et des modes de vie. Ces nouveaux besoins exigent des capacités informatiques toujours plus importantes. «Cette augmentation est si forte qu’elle a plus que neutralisé les gains d’efficacité notables réalisés à tous les niveaux (matériels, logiciels, infrastructures des centres de données) et qu’au total, on observe une hausse de la consommation énergétique des centres de données au niveau européen», résument les analystes de la Commission.

Autre inquiétude: les limites de la physique enterrent la loi de Moore qui veut que la capacité de calcul des puces double tous les 18 mois. Conséquence: il ne faut plus attendre trop de gains énergétiques ou de productivité des prochaines générations de microprocesseurs. De plus, les usages nécessitant de fortes puissances de calcul vont se développer (minages de monnaies électroniques, intelligence artificielle) et le développement de nouveaux réseaux de télécommunication vont faire tourner toujours plus de machines à plein régime.

Achats verts

Ni les entreprises, ni les gouvernements ne semblent avoir anticiper les conséquences énergétiques de ces évolutions. «Certains Etats membres de l’UE élaborent leur propre feuille de route pour le numérique (l’Autriche, la Slovaquie ou l’Italie), mais sans prendre en compte les aspects environnementaux», résume l’étude.

La Commission propose deux axes d’action. D’une part, accroître les efforts en matière de recherche et développement, notamment pour améliorer l’efficacité des logiciels. Bruxelles suggère, d’autre part, d’utiliser les bonnes pratiques permises par les Marchés publics écologiques (MPE) et le droit des marchés publics.

critères environnementaux

L’exécutif communautaire propose de favoriser: les équipements dotés de systèmes de refroidissement efficaces, les data centers valorisant leur chaleur dans le chauffage urbain ou alimentés avec de l’électricité d’origine renouvelable, les infrastructures éco-conçues.

Les rapporteurs espèrent aussi que leurs recommandations seront reprises par les rédacteurs des versions définitives du Pacte vert et de la stratégie européenne en matière de données. Cette dernière prévoit notamment un début de régulation des activités du nuage. Ne reste plus qu’à lui imposer des performances énergétiques. Faute de quoi, il sera difficile d’atteindre la neutralité carbone en 2050.