« Il n’y a pas de climato-sceptiques chez les agriculteurs » (FNSEA)

Le 18 septembre 2020 par Stéphanie Senet
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Olivier Dauger est responsable des questions climatiques à la FNSEA
Olivier Dauger est responsable des questions climatiques à la FNSEA
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La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) a adopté, le 12 septembre à Villejuif, son nouveau rapport d’orientation pour les trois ans à venir, qui compte «faire du défi climatique une opportunité pour l’agriculture». Les explications d’Olivier Dauger, chargé de l’énergie et du climat.

Pour la première fois, votre rapport d’orientation 2020 cible le défi climatique. Pour quelles raisons ?

Le climat n’est pas un sujet nouveau à la FNSEA. Je suis en charge du dossier au syndicat depuis 6 ans, à la demande de l’ancien président Xavier Beulin. Il n’y a pas de climato-sceptiques chez les agriculteurs. L’agriculture est à la fois victime du réchauffement, avec des accidents climatiques qui occupent une grande place de nos conseils d’administration depuis 5 ans, et une source d’émissions de gaz à effet de serre, principalement à cause de l’élevage et de l’utilisation des engrais azotés.

Ce qui est nouveau, c’est qu’elle est aussi source de solutions, en captant le carbone ou en réduisant ses émissions. C’est pourquoi nous avons lancé ce travail de fond il y a dix-huit mois, qui s’est conclu par le rapport d’orientation 2020 adopté il y a quelques jours par l’assemblée générale.

Quelles sont vos priorités ?

Nous voulons associer l’ensemble de la chaîne, des instituts de recherche aux commerces alimentaires, en passant par les agriculteurs bien sûr, mais aussi les assureurs, les syndicalistes et les corporations autour du climat afin d’améliorer la résilience des systèmes agricoles face aux effets du réchauffement et augmenter la capacité de stockage du carbone dans les plantes et les sols. Nous n’avons pas le choix. L’agriculture doit être actrice de sa transformation, même si la crise économique complique les choses.

La bonne nouvelle, si je puis dire, c’est que tous les agriculteurs, tous les systèmes culturaux et toutes les filières, sont concernés. Ce qui facilite la prise en considération de ces enjeux.

Quels sont vos objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre et de captage du carbone ?

L’agriculture ne peut pas techniquement arriver à la neutralité carbone mais elle peut largement développer sa capacité de stockage par une hausse de la production de biomasse. L’agro-écologie n’est pas un mot qui nous fait peur. Des leviers existent comme la généralisation des cultures intermédiaires et l’introduction des prairies temporaires dans les assolements.

Il n’y a pas une bonne pratique mais des bonnes combinaisons de pratiques aux bons endroits.

Et en matière de réduction ?

L’agriculture a réduit de 7% ses émissions entre 1990 et 2018, notamment par une hausse de la productivité de la production animale et par une utilisation plus efficace des engrais azotés. Aujourd’hui, la France produit 30% de céréales en plus avec 20% d’azote en moins par rapport à 1990. Pour la décarbonation, les pistes les plus prometteuses résident dans la méthanisation, qui produit de l’énergie et des engrais organiques de bonne qualité, et dans la production d’éco-matériaux, comme la paille et le chanvre, qui peuvent remplacer les produits de la pétrochimie comme le béton, le plastique et le verre.

On va pouvoir produire sur notre territoire des produits dont on a besoin sur notre territoire. Les recherches en bio-économie sont aussi prometteuses, en particulier dans le secteur cosmétique. Mais il faut encore passer du stade de la recherche à l’industrialisation en France.

Comment comptez-vous embarquer les agriculteurs dans cette transition ?

Le diagnostic carbone financé par l’Etat va permettre de savoir où en est l’agriculteur et comment il progresse. Ensuite, ses progrès pourront éventuellement être valorisés dans un second temps, dans le cadre de crédits carbone. Il y a des initiatives intéressantes dans les territoires, comme à Locminé en Bretagne où un projet de crédits est testé par la population. Chaque progrès permet de gagner des points. C’est très concret pour les gens et les crédits sont utilisés au niveau de territoire. Je crois que la transition doit avant tout s’orchestrer au niveau régional, avec les conseils régionaux, compétents en matière d’économie.

Beaucoup d’entreprises cherchent à acheter des crédits carbone. Il faut s’appuyer sur un système certifié pour permettre de les mettre en contact avec des agriculteurs.