Hybride rechargeable : une pollution sous subvention ?

Le 23 novembre 2020 par Victor Miget
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Le Mitsubishi Outlander est l'un des 
 véhicules qui a été testés
Le Mitsubishi Outlander est l'un des véhicules qui a été testés

Selon une analyse commandée par Transport & Environment les voitures hybrides rechargeable (VEHR) polluent plus qu’annoncé par les constructeurs. L’organisation demande la suppression des aides à l’achat pour ces véhicules.

 

En France, les ventes de véhicules hybrides progressent. Et pas qu’un peu. Soutenu par l’Etat dans le cadre du plan de relance automobile, ce marché représente 45.000 ventes en 2020 : trois fois plus que l’année précédente. Bon pour l’économie, le coup de pouce donné aux HR apparaît comme un coup de poignard au climat.  

Des tests effectués par Emissions Analytics, pour l’ONG T&E, sur les modèles BMW X5,  Volvo XC60 et Mitsubishi Outlander montrent, qu’avec une batterie pleine, ces véhicules émettent entre 28 et 89 % de CO2 de plus qu’annoncé par les constructeurs. «Pour les trajets pendulaires, l’autonomie des batteries déclarée est généralement supérieure à 50km. Mais en conditions réelles, il faut prendre en considération les ralentissements, les accélérations, si la voiture est chargée ou non. Toutes ces variables font que généralement, le véhicule se vide bien plus rapidement. Le thermique prend donc le relais beaucoup plus tôt», développe Diane Strauss, directrice France de T&E, contacté par le JDLE.

Stop aux subventions

En propulsion thermique, les émissions des véhicules sont de trois à huit fois plus élevées que prévu. Celles du XC60 et de l'Outlander varient de 184 g / km à 164 g / km, soit presque 3-4 fois plus que les valeurs officielles. Les rejets de CO2 du X5 sont huit fois plus importante qu’annoncé par BMW, soit 254 g / km.

La recharge de batterie n’est pas meilleure pour le climat, les chiffres sont de trois à douze fois supérieurs aux valeurs officielles. «Une hybride permet de switcher sur le mode électrique en prévision d’une arrivée en centre-ville. Mais ce système est problématique car lorsque la batterie n’est pas suffisamment pleine, le moteur thermique se met à recharger la batterie. Le véhicule produit donc du CO2 pour recharger. C’est un non-sens», note Diane Strauss. Une information d’autant plus importante, que ce mode de conduite pourrait devenir commun à l’avenir «puisque les conducteurs l’utilisent avant de passer en mode électrique dans les zones à faibles émissions», rappelle Transport&Environment dans son rapport.

Dans ces conditions, (T&E) demande que les gouvernements, dont la France, mettent fin aux subventions à l’achat (2000 €) et aux exonérations d’impôts pour les entreprises faisant l’acquisition de VEHR. En septembre 2020, l’Etat français a déboursé 38 millions d’euros en aides à l’achat de VEHR (hors prime à la conversion). Comptez 7 millions d’euros par an pour les incitations aux entreprises. «Toutefois, concernant les véhicules d’entreprises nous ne sommes pas totalement opposés au soutien, à condition qu’il soit conditionné à l’installation d’une prise chez l’employé», précise Diane Strauss.

Toujours moins polluant que le thermique

Cette remarque fait écho à une étude publiée par l’ICCT (International Council on Clean Transportation) en octobre dernier. Ses tests se basaient sur des données venant de plusieurs pays (Etats-Unis, Canada, Norvège, Chine, Pays-Bas et Allemagne), sur un total de 104.709 véhicules. Il en ressort que, pour, les entreprises, seuls 20% des trajets des VEHR étaient effectuées en mode électrique (37% pour l’ensemble des VEHR). La raison ? La non-charge des véhicules. Ces derniers étant plutôt commandés en raison des ristournes fiscales par les entreprises que pour leurs performances environnementales avance l’ICCT.

Cette étude note tout de même les véhicules hybrides rechargeables peuvent  réduire de 15 à 55% les émissions à l’échappement par rapport à un véhicule classique. Une excuse insuffisante pour Diane Strauss pour qui «il est urgent de faire accélérer les constructeurs sur la voiture 100% électrique. D’où l’importance de ne plus faire passer ces véhicules pour vertueux.»