Guillaume Garot lance l’acte 2 contre le gaspillage alimentaire

Le 19 octobre 2020 par Stéphanie Senet
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Guillaume Garot repart en campagne contre le gaspillage alimentaire
Guillaume Garot repart en campagne contre le gaspillage alimentaire

Après avoir obligé les grands distributeurs à donner leurs invendus, l’ancien ministre délégué à l’agroalimentaire Guillaume Garot déposera, dans la semaine, une proposition de loi contre le gaspillage alimentaire qui vise les consommateurs et le contrôle de la grande distribution.

Le député socialiste de Mayenne veut «mettre en responsabilité le consommateur et lui donner des outils pour être plus efficace contre le gaspillage alimentaire», explique-t-il au JDLE. Pour y parvenir, sa proposition de loi vise à faire de cette lutte «une grande cause nationale», et ainsi la faire entrer dans le débat public, à coup de campagnes de sensibilisation.

Une prime à l’assiette vide

Ensuite, l’idée est de rendre obligatoire l’éducation à l’alimentation dans les établissements scolaires, du primaire au lycée, avec un volet dédié au gaspillage. Les étudiants, de leur côté, auraient droit à une mesure incitative. «Une prime à l’assiette vide», dans les restaurants universitaires, leur permettrait d’obtenir un repas gratuit à chaque fois qu’ils terminent leur assiette !

Etiquetage : un probleme européen

Autre objectif : la suppression de la date de durabilité minimale (DDM) –souvent confondue avec la date limite de consommation- de certains produits comme les pâtes, le riz et les céréales. «Dans le doute, on jette. Il faut absolument lutter contre ce réflexe. On pourrait ainsi remplacer la DDM par une date de fabrication qui permet de garder un point de repère pour le consommateur», explique Guillaume Garot. Une mesure qui relève toutefois du droit européen. «L’objectif est d’amener le gouvernement à porter le dossier devant l’Union européenne, avec la force d’un vote des députés», précise le président du Conseil national de l’alimentation.

Après l’éducation du consommateur, la proposition de loi vise à mieux mesurer le gaspillage alimentaire (une obligation de déclaration des invendus non consommés ou jetés par la grande distribution, la restauration collective et les entreprises alimentaires) et à mieux contrôler le respect de la loi en vigueur.

Une police du gaspillage alimentaire

L’actuel vice-président de la commission du développement durable de l’Assemblée est en effet à l’origine de la loi de 2016 contre le gaspillage alimentaire qui oblige les grandes surfaces de plus de 400 mètres carrés à transformer leurs invendus ou à signer des conventions de don avec des associations caritatives. «Force est de constater que certaines grandes surfaces jouent le jeu et font des dons de qualité quand d’autres prennent les associations pour des centres de tri. L’obligation de donner à J-2 n’est pas non plus respectée», observe le député de Mayenne. Objectif : créer «une police du gaspillage alimentaire» assurée conjointement par des agents de la DGCCRF et du ministère de l’agriculture, «avec des compétences explicitement prévues par la loi».

Un Fonds national de 50 M

Troisième et dernière priorité: doter la lutte contre le gaspillage alimentaire d’un Fonds national. Avec une enveloppe de 50 M€, on peut financer des projets d’investissement et de fonctionnement, comme l’achat d’un camion frigorifique par une association, une campagne de sensibilisation régionale, une action anti-gaspi menée par une collectivité dans ses cantines, etc. Ce fonds serait financé par une affectation de la Taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). Un minimum pour atteindre l’objectif national, inscrit dans la loi Agec[1], de division par deux du gaspillage en 2025[2] pour la grande distribution et la restauration collective et en 2030 pour la consommation et la restauration commerciale.

Le grand tour du gâchis

Aujourd’hui, l’enjeu est de viser toutes les sources de ce gaspillage protéiforme. Celui de la grande distribution ne représente en effet que 14% des tonnages de l’Hexagone, selon une étude publiée le 26 mai 2016 par l’Ademe. La plus grande part du gâchis provient des consommateurs (33%), quasiment ex-æquo avec les producteurs (32%), devant les transformateurs (21%).

Après le dépôt de son texte, Guillaume Garot va mener des auditions et partir en campagne, pour convaincre les autres groupes politiques de rejoindre cette cause. La proposition de loi de 2016 avait été adoptée à l’unanimité.



[1] Agir contre le gaspillage et pour une économie circulaire

[2] Par rapport à 2020