GES: le HCC découvre le poids des importations

Le 06 octobre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les émissions imputables à nos exportations pèsent lourd dans notre empreinte carbone.
Les émissions imputables à nos exportations pèsent lourd dans notre empreinte carbone.
NOAA

La contribution climatique de nos importations ne cesse d’augmenter, souligne le dernier rapport du Haut conseil pour le climat. Réduire notre dépendance à ce carbone importé implique des mesures fortes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières.

L’alerte a été donnée, il y a longtemps, par les ONG et les services de l’Etat. Voilà des années que les décortiqueurs de statistiques d’émissions de gaz à effet de serre (GES) soulignent la non prise en compte dans les politiques climatiques nationales des émissions imputables aux importations. Or, celles-ci pèsent de toute leur masse carbonique sur le climat.

Dès 2012, le Commissariat général au développement durable (CGDD) soulignait l’importance de sa composante extérieure dans le bilan carbone de la France. A l’époque, 369 Mt CO2éq/an étaient attribuables aux produits importés, contre 384 Mt CO2éq/an pour les émissions internes. La délocalisation des industries françaises, l’aggravation de l’empreinte carbone de nos pays fournisseurs conjuguées à la baisse de nos émissions carbonées intra muros font de plus en plus pencher la balance carbonique vers l’extérieur.

Dans le rapport qu’il publie ce 6 octobre, le Haut conseil pour le climat (HCC) rappelle les données du problème.

Globalement, les émissions françaises de GES sont le fruit de nos activités «hexagonales» (industries, transports, agriculture), de la consommation des ménages, de nos exportations[1] (comptabilisées dans les rejets tricolores), des transports internationaux et des importations.

Les trois premières familles forment l’inventaire national des émissions de GES, que la France notifie chaque année à l’ONU et à la Commission européenne. En 2018, celui-ci s’établissait à 445 Mt CO2éq/an. En intégrant les rejets imputables aux importations, l’empreinte carbone française flirte avec les 750 Mt CO2éq/an. A cela, on peut ajouter la trentaine de Mt CO2éq/an générées par les transports internationaux (aviation commerciale et fret maritime).

Depuis 1995, nos émissions importées ont bondi de 78%, note le HCC. Cette évolution compense la baisse d’un tiers des rejets domestiques. Conséquence : l’empreinte carbone de chaque Français (11,5 t CO2éq/an) stagne depuis le milieu des années 1990.

Comment expliquer une telle évolution? La croissance démographique et du «pouvoir d’achat» ont accru la consommation des Français. Or, avec la baisse des droits de douane (notamment sur les produits les plus carbonés), l’éclatement à l’étranger des chaines de valeur des entreprises, cette augmentation de nos achats augmente mécaniquement nos importations.

 

Si les deux tiers de nos importations sont d’origine européenne (l’une des rares régions du monde à réduire régulièrement ses émissions de GES), nous achetons une bonne part de nos produits à des pays à l’économie fortement carbonée comme la Chine. En 2011, rappelle le HCC, l’Union européenne a été la première source d’émission importée (64 Mt CO2éq/an, soit 18%), suivie par la Chine (62 Mt CO2éq/an, soit 18%) et le reste de l’Asie (58 Mt CO2éq/an, soit 17%). Il est probable que l’influence de nos fournisseurs asiatiques dans l’évolution de notre empreinte carbone ait progressé en une décennie.

Principaux responsables du déséquilibre de notre balance carbone : les produits agricoles et agro-alimentaires, les matériaux de construction, les équipements électriques et électroniques, les matériels de transports, les produits énergétiques (pétrole, produits raffinés et l’uranium de nos centrales nucléaires), les produits chimiques, les textiles, le cuir.

Comment réduire notre dépendance carbonique ? D’abord, en facilitant la décarbonation de notre industrie, en France et en Europe (via l’ETS) et hors d’Europe (via le mécanisme d’inclusion aux frontières).

Le HCC propose toute une série de mesures allant de l’augmentation de la tarification des émissions de GES, en passant par une meilleure prise en compte des risques environnementaux dans la stratégie des entreprises (une obligation de la loi Pacte).

Autre idée: mieux informer les Français des conséquences sur le climat de leurs choix de consommation. Par exemple en généralisant l’affichage de «score carbone» sur l’emballage des produits.

Les membres de l’équipe présidée par Corinne Le Quéré suggèrent aussi de conditionner la signature d’accords commerciaux avec des pays tiers à l’établissement de politiques climatiques et de réduction de la déforestation importée.

Ils proposent aussi d’inciter certains partenaires de la France à revoir à la hausse leur contribution nationale volontaire[2] en jouant sur l’aide publique internationale. Ce qui vise particulièrement, les pays d’Afrique, qui représentent une trentaine de millions de tonnes équivalent CO2 de notre empreinte carbone.

Sera-ce suffisant ? Rien n’est moins sûr. Pour nous placer sur une trajectoire d’émission compatible avec la stabilisation du réchauffement à 1,5 °C (l’un des buts de l’Accord de Paris), nous devons alléger notre empreinte carbone de 80% d’ici à 2050. Ce qui suppose de réduire quasiment à néant nos rejets domestiques et de 65% les émissions importées. Des objectifs qui semblent d’ores et déjà hors d’atteinte.

 



[1] Les émissions imputables aux exportations représentent environ 140 Mt CO2éq/an. Une chiffre stable depuis le milieu des années 1990.

[2] Dans le jargon onusien, la contribution nationale volontaire, ou NDC, est la politique climatique à 2030.