Fret ferroviaire : une stratégie ambitieuse, mais coûteuse

Le 29 juin 2020 par Victor Miget
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L’Alliance Fret Ferroviaire Français du Future (4F) propose d’investir 15 milliards d’euros pour doubler la part modale du fret ferroviaire.

 

Doubler la part du ferroviaire dans les marchandises transportées d’ici à 2030, c’est l’ambition du plan présenté par l’alliance 4F. En passant de 9 à 18% de part de marché, le secteur français se mettrait au diapason euroépen. Pour y parvenir, « l'article 178 de la Loi d'orientation des mobilités impose à l’Etat de bâtir un plan fret et de le réaliser pour la fin de l'année 2020 », rappelait, jeudi 26 juin, Pascal Sainson, président d’Europorte France (1er opérateur privé du fret ferrovaire en France). 4F n’a pas attendu le gouvernement et a présenté son propre plan au secrétaire d’Etat aux transports Jean-Baptiste Djebbari.

Coup de pouce Covid. Le plan fret prend de faux airs de plan de relance. Les acteurs de la filière demandent également 270 M€ supplémentaires pour encaisser les pertes liées à la crise sanitaire et aux grèves contre la réforme des retraites de décembre et janvier dernier.

Tripler le combiné

Le plan d’action planifie les investissements sur dix ans. Objectif : développer une offre ferroviaire verte, attractive et moderne. Et les missions ne manquent pas : améliorer l’offre de service (réservation, suivi des trains, prédiction de l’heure d’arrivée) ; renforcer l’efficacité industrielle du secteur à travers des solutions de gestion des locomotives et wagons (chargements optimisés, maintenance prédictive…) ; remplacer les wagons dans les années à venir (moyenne d’âge de 35 ans) ; investir dans plus de modularité et de polyvalence et introduire l’attelage automatique.

Il repose aussi sur la complémentarité des différents modes qui est «au cœur du plan avec un objectif de triplement des volumes de marchandises pris en charge par les opérateurs de combiné rail-route d’ici 2030». A ce titre, les opérateurs plaident pour le développement de plateformes territoriales visant à alimenter les trains européens, ou encore pour des sillons de meilleure qualité et plus fréquents.

L’Etat et l’Europe en soutien

La liste de course ne s’arrête pas là. Le plan devra intégrer la prise en charge par l’Etat de 50% des péages, des subventions au wagon isolé, Un soutien au transport combiné, le triplement de l’aide à la pince (le dispositif de chargement des conteneurs des camions vers les trains) et au report modal dans les ports français. A cela s’ajoute, des aides aux investissements ou co-financements pour les opérateurs et les infrastructures, la taxation des transports polluants, des incitations fiscales…

4F insiste, beaucoup desdits investissements seront à la charge des opérateurs. Mais l’Etat doit prendre sa part. En l’occurrence, sur l’aide spécifique au wagon isolé (75 millions d’euros (M€) par an), le transport combiné et la couverture des péages ferroviaires (130 M€). Soit la bagatelle de 200 M€ par an pendant 10 ans. Et ce n’est pas tout.

L’alliance a rappelé la nécessité de réaliser des travaux de régénération du réseau ferroviaire entre 2021 et 2024. Coût de l’opération : 1 Md€. Mais le gros de la facture s’étalera sur la période 2025-2030. Pas moins de 12 Mds€ afin de contourner les métropoles, ou mettre en place de voies d’évitements. Le tout, à la charge de l’Etat et de l’Union européenne, via le Pacte vert.

La pilule risque d’être difficile à avaler. Mais 4F invite à voir sur le plus long terme. « Le projet de la coalition 4F n’est pas un plan de survie post Covid : c’est un plan de sauvegarde et de développement à moyen et long terme. Chaque milliard d’euros investi dans le programme que nous proposons, dégagera 2 Mds€ de cobénéfices sur 20 ans valorisables pour la santé et le climat (coût d’externalités ndlr)», veut croire Frédéric Delorme, président de SNCF Transport Ferroviaire et Multimodal de Marchandises - Fret SNCF. Entre 2020 et 2040. Selon les calculs de 4F,  doubler la part modale évitera les émissions 8 millions de tonnes de CO2 chaque année à partir de 2030.