Finance carbone : Londres veut faire la course en tête

Le 10 novembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La City de Londres veut devenir la place de référence de la finance carbone.
La City de Londres veut devenir la place de référence de la finance carbone.
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Le gouvernement britannique prend des mesures pour évaluer le risque climatique des entreprises et des investisseurs. Objectif: attirer à Londres la finance carbone du continent. Un rêve caressé par d’autres capitales européennes.

Le climat a désormais les faveurs de la planète finance. Alors que l’Union européenne finalise une taxonomie sensée aider les investisseurs à choisir les projets bas carbone, les places boursières rivalisent d’imagination pour attirer les capitaux. Dernier exemple en date: Londres.

Lundi 9 novembre, le chancelier de l’échiquier, Rishi Sunak, a annoncé une batterie de mesures destinées à drainer l’investissement vert précisément vers la City.

Le ministre britannique des finances a confirmé que la Banque d’Angleterre allait initier en 2021 un stress-test climatique des banques, fonds de pension, sociétés d’assurance. Cette évaluation de la vulnérabilité aux effets des changements climatiques des grands investisseurs britanniques était prévue en 2020, avant la survenue de la pandémie de Covid-19.

évaluation du risque climatique

Dès l’année prochaine, la Financial Conduct Authority (FCA, le gendarme de la bourse) va progressivement demander aux entreprises cotées à Londres de publier leur cartographie des risques climatiques et leur stratégie. Ceci permettra aux investisseurs d’affiner leur évaluation du risque. Etant entendu que les entreprises les mieux armées contre les effets du réchauffement seront a priori plus attractives que celles qui n’ont rien prévu. Ces évaluations devront respecter les principes établies par la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD). Ces principes devraient s’appliquer à toutes les entreprises listées sur les marchés britanniques en 2025.

Comme sur l’autre rive de la Manche, le Royaume-Uni va aussi établir sa taxonomie. «Cette classification robuste nous permettra de distinguer ce que nous considérons comme vert, de sorte que les entreprises et les investisseurs comprennent mieux les impacts environnementaux de leurs investissements», a précisé Rishi Sunak.

obligations vertes

Le gouvernement de Boris Johnson n’entend pas en rester là. Dès l’année prochaine, Londres va commencer ses émissions d’obligations vertes (Green Bonds). Cette émission de dette souveraine verte «sera la première d’une longue série d’émissions qui nous permettra, dans les prochaines années, de financer des projets bas carbone, des infrastructures très capitalistiques et de créer des emplois dans ce pays», a poursuivi le ministre des finances. «Nous ouvrons un nouveau chapitre de l’histoire des services financiers afin que le Royaume-Uni demeure la première place financière mondiale.»

C’est aussi une excellente façon de financer des projets bas carbone coûteux, au premier rang desquels pourrait figurer la centrale nucléaire de Sizewell qu’EDF veut construire dans le Suffolk et dans laquelle l’Etat britannique pourrait prendre des participations.

En France, les ambitions restent plus modestes et morcelées. Certes, l'Etat et de grands groupes tricolores, comme EDF ou Engie, lèvent régulièrement d’importants volumes d’obligations vertes. Mais, comme le rappelait récemment le député (LREM) Alexandre Holroyd, la France manque d’une architecture cohérente pour faire de Paris une place boursière de référence de la finance verte ou carbone. 

Il y a pourtant urgence, et pas seulement climatique. Dans son discours sur l’état de l’Union européenne, Ursula von der Leyen rappelait que la Commission, qu’elle préside, prévoyait de lever pour 250 milliards d’euros d’obligations vertes pour financer le Pacte vert et le programme NextGenerationEU. Seules les places boursières dotées d’un écosystème adapté tireront leur épingle de ce jeu financier d’envergure.

écosystème financier

A cet égard, Amsterdam et Stockholm semblent les mieux positionnées. Les Pays-Bas est le premier pays du monde à avoir imposer  à ses entreprises cotées d’évaluer leur exposition aux risques climatiques. «Il en est ressorti une exposition du secteur financier au risque fossile non négligeable: 12,4% de bilans des fonds de pension seraient liés à des secteurs intensifs en CO2, 4,5 % de ceux des assureurs et 11% de ceux des banques», rappelle Alexandre Holroyd. Qu’importe !

L’Etat propose des incitations fiscales aux financements de projets verts. La Banque centrale néerlandaise va gérer ses réserves de manière durable. D’ici à 2022, les entreprises du secteur financier devront publier cartographie des risques climatiques et stratégie pour les minorer. Si possible en utilisant les méthodologues développées par la Platform Carbon Accounting Financials, mise sur pied par 17 institutions financières du royaume. Elles pourraient être rejointe par Invest-NL, la nouvelle banque publique d’investissement chargée de soutenir start-up et projets de transition énergétique.

La Suède oblige depuis 2019 toutes les entreprises à informer leurs clients de leurs pratiques durables. En mars prochain, le superviseur des activités financières suédoises devra déterminer si les prêts et investissements financiers en Suède sont compatibles avec les objectifs de l’accord de Paris. De nouvelles méthodes d’évaluation des risques climatiques pour les entreprises devraient être publiées à cette occasion.

La capitale européenne de la finance verte n'est pas encore connue. Mais la compétition s'annonce rude.