Fièvre de la vallée du Rift: des points d’entrée à surveiller

Le 05 novembre 2020 par Romain Loury
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Une maladie véhiculée par les moustiques
Une maladie véhiculée par les moustiques
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L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) recommande une surveillance accrue des élevages européens de bovins et de petits ruminants à proximité des ports et des aéroports, en raison d’un possible risque d’introduction de la fièvre de la vallée du Rift dans l’UE, dans un avis publié jeudi 4 novembre. En cas de propagation, l’Europe serait démunie par la faible disponibilité vaccinale.

Originaire d’Afrique subsaharienne, la fièvre de la vallée du Rift, maladie virale véhiculée par les moustiques, affecte surtout les ruminants, provoquant un taux élevé d’avortements et une forte mortalité chez les petits. Chez l’homme, elle entraîne principalement de la fièvre évoquant la dengue, parfois des complications neurologiques pouvant laisser des séquelles.

Jamais observée en Europe à ce jour, à l’exception de Mayotte où une centaine de personnes sont tombées malades en 2018 après une première flambée en 2007, la fièvre de la vallée du Rift est présente à ses portes, avec plusieurs animaux testés séropositifs en Lybie, Turquie et Tunisie depuis 2016. D’où un risque important d’une introduction sur le sol européen, ce qui aurait d’importantes retombées agricoles et sanitaires.

Après deux avis publiés sur le sujet cette année, dont le premier relatif au risque d’introduction dans l’UE, l’autre spécifique à Mayotte, l’Efsa clôt sa série avec un troisième rapport, qui expose les mesures à mettre en place afin d’empêcher toute propagation européenne. Première mesure préventive, une surveillance accrue des élevages à proximité des zones potentielles d’introduction, dont les ports, les aéroports et les parcs à conteneurs.

Quant à la propagation du virus, une fois celui-ci sur le territoire européen, l’Efsa a planché sur un scénario d’introduction aux Pays-Bas, pays qui, du fait de son commerce et de ses nombreuses zones humides (propices aux moustiques), est à risque particulièrement élevé d’introduction. Dès lors, ce cas d’étude ne peut être extrapolé aux autres pays européens, précise l’Efsa.

Pas de vaccin largement disponible

S’il existe bien un vaccin animal contre la fièvre de la vallée du Rift, l’Efsa ne recense que trois laboratoires producteurs, tous sur le continent africain, en Afrique du Sud, au Kenya et en Egypte. D’une durée de conservation de seulement quatre ans, soit moins que la période moyenne entre deux poussées locales de la maladie, ces vaccins ne sont le plus souvent produits qu’à la demande. Ce qui pourrait poser gravement problème à l’Europe, si elle devait avoir un rapide besoin de nombreuses doses vaccinales.

En l’absence d’un vaccin, la stratégie la plus efficace sera l’abattage de tous les élevages situés dans un rayon de 20 km autour d’une ferme touchée, indique l’Efsa. «Toutefois, la faisabilité et l’acceptabilité, en termes de nombre d’animaux à euthanasier, devront être évaluées», euphémise l’autorité. Celle-ci propose d’autres mesures moins radicales, mais toutes recourent à la vaccination, ou au seul abattage rapide des élevages touchés –un pis-aller préventif.

Quant à la lutte antivectorielle, son efficacité pourrait être très hypothétique, s’agissant de points d’eau situés en zone rurale, et non à proximité de zones urbaines ou périurbaines. A ce jour, le seul adulticide, insecticide ciblant les moustiques adultes, est la deltaméthrine, autorisée sous régime de dérogation en cas de foyer humain de chikungunya, de dengue ou de fièvre du Nil occidental.