Faire de Paris la place de la finance verte européenne

Le 28 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La bourse de Paris veut se faire une place au soleil vert.
La bourse de Paris veut se faire une place au soleil vert.
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Un rapport parlementaire fait une série de recommandations pour attirer les capitaux verts dans la capitale.

 

Depuis longtemps Paris se rêve comme une place financière d’importance. Il lui faut déchanter. Selon le dernier Global Finance Centers Index, la «Bourse de Paris» n’est que la quinzième place mondiale, loin derrière Zurich, Genève, Los Angeles ou Singapour. New York et Londres tiennent toujours le haut du pavé. Après avoir vendu à la moitié des pays européen son logiciel de reportage de quotas d’émission de gaz à effet de serre (Seringa), Paris avait tenté, il y a une dizaine d’années, de prendre le leadership de la finance durable du continent. Peine perdue: Amsterdam et Stockholm ont pris les devants. Les tentatives des banquiers et courtiers français de tirer parti du Brexit n’ont pas non plus été couronnées de succès.

Il ne sera pourtant pas dit que les Frenchies baissent les bras. Les entreprises tricolores sont les premières émettrices mondiales d’obligations vertes (Green bonds). La législation française oblige les sociétés cotées en bourse et 800 investisseurs institutionnels à intégrer les critères  environnementaux, sociaux et de gouvernance dans leur stratégie et à publier une évaluation du risque climatique pour leurs activités. Bercy a été aussi très actif lors des négociations grâce auxquelles l’Europe va se doter d’une taxonomie des financements bas carbone. Les éléments de l’écosystème sont là: reste à l’organiser. C’est la demande faite en décembre dernier par le premier ministre d’alors à Alexandre Holroyd.

finance verte à la française

Six mois durant, le député des Français établis en Europe du nord a phosphoré sur les moyens à déployer pour faire de la ville lumière la capitale européenne de la finance verte. Dans les derniers jours de juillet, l’ancien dirigeant de la filiale bruxelloise de FTI Consulting a rendu sa copie au gouvernement.

Dans son rapport de plus de 140 pages, l’ex-consultant recense les conditions préalables à l’établissement d’un biotope favorable à l’éclosion et au développement d’une finance verte à la française. Le parlementaire préconise de favoriser la diffusion des informations extrafinancières des entreprises. Par exemple, en créant une base de données européenne, ouverte et gratuite. Pour drainer les capitaux vers les projets les plus favorables au climat, le rapport préconise la création d’un standard «Accord de Paris» pour les Green bonds ayant le financement de la transition climatique pour vocation.

Le verdissement de la place de Paris pourrait être favorisée par la création d'une une institution ad hoc. Celle-ci serait tout à la fois en charge de la sensibilisation des financiers aux enjeux de la transition, du développement des labels de finance climatique, de la formation de professionnels et du soutien aux entreprises de technologies financières vertes (Green fintechs).

TITRISER LES CRédits immobiliers

Afin de soutenir, financièrement, les programmes de rénovation des logements, Alexandre Holroyd propose de titriser les crédits immobiliers verts. Titrisation? Le mot effraie. Mais le député estime que la stabilité du marché des prêts immobiliers français minore le risque d’emballement des marchés. Vouloir ainsi financer la rénovation du parc immobilier ne nous exposerait pas à un remix de la crise financière de 2008.

La réorientation des capitaux vers le bas carbone serait aussi facilitée par le développement d’une taxonomie de l’économie brune, qui préciserait les secteurs où il ne faut pas investir. Reste à savoir si le gouvernement aura le temps d'intégrer quelques-uns de ses principes dans la prochaine loi de finance. Un indice? Le projet de loi de finance pour 2021 devrait être le premier à intégrer un budget vert. Une opportunité à ne pas manquer.