Episodes cévenols: la marque du réchauffement

Le 21 septembre 2020 par Romain Loury
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Intensité des pluies extrêmes en régions méditerranéennes depuis 1961
Intensité des pluies extrêmes en régions méditerranéennes depuis 1961
Météo France

Les épisodes cévenols, y compris ceux aussi violents que celui survenu samedi 19 septembre dans le Gard, ont certes toujours existé. Toutefois, leur fréquence et leur intensité tendent sans nul doute à s’accroître sous l’effet du réchauffement.

Ce week-end, le nord du Gard a été touché par un épisode cévenol d’une rare ampleur. Les cumuls de pluie ont atteint jusqu’à 500 mm, «voire localement plus», constate Météo France. «C’est l’équivalent de 500 litres d’eau au mètre carré accumulés en seulement 12 heures, dont 200 mm tombés entre 9 heures et 11 heures samedi matin», ajoute-t-elle, évoquant un épisode «qui ne se produit qu’une fois par siècle en moyenne».

Quelle est l’origine des épisodes cévenols, qui surviennent en fin d’été et début d’automne? D’une part, la mer Méditerranée a été chauffée tout l’été, engendrant des masses d’air chaud et très humides. Poussées par un vent du sud, elles sont guidées en altitude par les contreforts des Cévennes, croisant en altitude de premières masses froides automnales. C’est cette rencontre explosive qui engendre les trombes de pluie.

Une intensité accrue de 22% en 50 ans

Or plusieurs études l’ont montré: les épisodes cévenols sont certes un phénomène naturel, mais ils deviennent plus fréquents et plus intenses du fait du réchauffement. Plus chaudes, les masses d’air provenant de Méditerranée peuvent en effet contenir plus d’humidité, et donc engendrer plus de pluie, plus fréquemment.

Entre 1961 et 2015, l’intensité moyenne des épisodes cévenols s’est accrue de 22%, comme l’a montré une étude française publiée en avril 2018. Et les évènements les plus intenses, ceux dont le cumul de précipitations dépasse les 300 mm, sont désormais trois fois plus probables qu’ils ne l’étaient en 1950, explique au JDLE le climatologue Robert Vautard, directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL), co-auteur de ces travaux.

La contre-attaque des «millénaires»

Malgré ces éléments bien ancrés, une petite musique s’est de nouveau fait entendre sur Twitter, celle selon laquelle ce phénomène «existe depuis des millénaires», et qu’il n’y a donc pas lieu d’invoquer le réchauffement pour l’expliquer. Parmi ces voix, celle de Mac Lesggy: peu connu pour son adhésion aux réalités du réchauffement, l’animateur de l’émission scientifique «E=M6» répondait à un tweet du député Adrien Quatennens, selon lequel «ces phénomènes sont directement liés au réchauffement climatique».

Si Mac Lesggy reconnaît, seulement après lecture de tweets éclairants de climatologues (mais après l’avoir initialement niée), une «tendance» liée au réchauffement, la faute revient, selon lui, avant tout à l’urbanisation et à l’artificialisation des sols. Certes, ces facteurs accroissent les dégâts matériels, mais ils n’ont aucun impact sur le volume de précipitations. Or l’animateur semble confondre intensité des pluies et ampleur des dégâts.

«Il y a toujours un fond de scepticisme, on ne peut rien y faire», soupire Robert Vautard. «Bien sûr que les épisodes cévenols ont toujours existé, celui-ci n’est pas un record, mais c’est une question de fréquence», ajoute le climatologue. Avec le réchauffement, «il n’y a pas un phénomène qui apparaît: il y a des modulations dans les fréquences et les intensités du phénomène». Une nuance de taille que certains décident, plus ou moins consciemment, de négliger.