Eolien marin: un sentiment de défiance

Le 20 octobre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'éolien: un nouveau mur de l'Atlantique ?
L'éolien: un nouveau mur de l'Atlantique ?
CNDP

Les Français ont de nouveau été consultés sur un projet de parc éolien en Manche. L’occasion pour les citoyens de rappeler que les promoteurs répondent rarement à leurs interrogations.

Et si les Français ne voulaient plus d’éolienne en mer? La question peut prêter à sourire. Lancés en 2010, les premiers débats publics sur le sujet se poursuivent alors qu’aucune turbine n’a été mise à l’eau sur le littoral français. Ce qui ne décourage pas les promoteurs de l’éolien offshore. Le 19 octobre, la Commission nationale du débat public (CNDP) a publié la synthèse de la concertation menée autour d’un nouveau projet de parc éolien en Manche.

Organisée pour le compte du ministère de la transition écologique et de RTE, cette concertation porte sur l’installation de 83 turbines de 12 MW. De quoi occuper une centaine de km2, dans une zone à définir entre le Cotentin et Dieppe. Ne reste plus qu’à l’Etat à organiser, l’an prochain, un nouvel appel d’offres s’il veut que ces machines tournent dès 2028. Mais là n’est pas l’essentiel.

Réalisé en partie pendant le premier confinement, le débat a fortement mobilisé. «Sans doute en raison des objectifs attendus de cette procédure[1] mais également de la grande diversité d’outils utilisés[2] par la Commission», estime la CNDP.

Le parlement européen s'inquiète. Dans un rapport, publié le 20 octobre, le parlement européen s’inquiète de la montée annoncée des conflits d’usage entre porteurs de projets éoliens offshore et pêcheurs. D’ici à 2025, les zones les plus convoitées se situent en mer du Nord, Baltique et Méditerranée. Il concernera particulièrement les chalutiers et les pêcheurs de crustacés. Pour réduire les risques d’affrontement, les auteurs de l’étude suggèrent aux énergéticiens de dédommager les pêcheurs et aux professionnels de la mer de s’orienter vers de nouvelles activités comme la pêche au ... tourteau.

Comme souvent, l’opportunité du parc a été âprement discutée. Un questionnement auquel les maîtres d’ouvrage ont opposé la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et les documents stratégiques de façade (DSF). Sans succès. En toute logique, «le public a […] questionné à nouveau la PPE et constaté que le DSF n’est pas un document de planification opposable», souligne la Commission. Car, les citoyens semblent las qu’on les consulte sans que leur voix porte ni que les projets se concrétisent.

plus d'urgence qui tienne

«Après 4 débats publics dans cette régions sur des projets de parcs éoliens (parc des deux côtes, en 2010, Fécamp et Courseulles-sur-mer, en 2013, Dieppe-Le Tréport en 2015), ce cinquième débat public se tient alors qu’aucune éolienne n’est sortie de mer. La défiance est forte à l’égard des pouvoirs publics, jugés sourds aux conclusions du débat public de Dieppe-Le Tréport qui avait constaté que la zone envisagée était inappropriée.» L’argument de l’urgence du calendrier n’est plus audible non plus.

La Commission présidée par Chantal Jouanno note aussi quelques manques dans le dossier des maîtres d’ouvrage. A commencer par l’absence de réponses aux interrogations des pêcheurs. «Il serait difficilement compréhensible que ce projet de parc éoliens se poursuive sans que préalablement les acteurs de la mer, au premier rang duquel les pêcheurs, aient reçu des réponses précises sur les conséquences du Brexit et la possibilité de pêcher au milieu du parc éolien.»

des réponses

Les organisateurs du débat notent aussi que des interrogations, récurrentes depuis 2010, demeurent sans réponse: impacts environnementaux, bilan écologique et climatique des sources de production d’énergie, bilan économique.

La CNDP alerte les pouvoirs publics sur l’incompréhension par le public de la planification par l’Etat du développement des énergies marines et, plus généralement, des usages de la mer. «Trop de projets, plans et schémas se superposent sans hiérarchie et sans que des priorités claires ne se dégagent.»

«Il devient urgent de répondre aux interrogations récurrentes. C’est une condition de la faisabilité de ce projet, comme des autres projets de parc éolien en mer, et plus généralement de crédibilité de la parole publique.»

Une parole qu’ont discréditée les parlementaires. Le récent vote du projet de loi Asap restreint le droit à l’information et à la participation du public.



[1] Statuer sur l’opportunité du projet, identifier une zone d’installation, éclairer la rédaction du futur cahier des charges de l’appel d’offres.

[2] Affiches, flyers, courriels, courriers, caravane du débat, renions publiques, ateliers, podcast, tables rondes sur YouTube, site internet.