Près de la moitié des ressources en eau sont pillées dans le monde

Le 27 août 2020 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Un fléau qui touche autant les pays développés que les pays en développement
Un fléau qui touche autant les pays développés que les pays en développement

Publiée le 24 août dans Nature Sustainability, une vaste étude internationale montre que le stress hydrique et les carences des pouvoirs publics favorisent le pillage de l’eau. Un pillage qui touche jusqu’à la moitié des ressources mondiales.


Dans le domaine de l’eau, l’inaction politique coûte aussi très cher. Si le réchauffement climatique accroît le stress hydrique, la peur de manquer d’eau accroît les vols qui vont accentuer à leur tour le stress hydrique. Et les pouvoirs publics font la sourde oreille… Les chercheurs de l’université australienne d’Adelaïde ont cherché à comprendre pourquoi, chaque année, entre 30 et 50% des ressources sont pillées (données d’Interpol). Des prélèvements en eaux de surface et en eaux souterraines ni payées ni bien sûr comptabilisées.

Des besoins agricoles

Très peu documenté jusque-là, ce phénomène touche aussi bien les pays riches que les pays pauvres. Il est alimenté par des particuliers comme des entreprises, le plus souvent pour irriguer des terres agricoles, alors que l’agriculture absorbe déjà 70% des ressources hydriques mondiales.

Peur du manque et carence politique

Selon le modèle élaboré par les chercheurs, et testé sur les cultures de fraises en Espagne, de marijuana aux Etats-Unis et de coton en Australie, ces pillages ont des points communs. Ils s’expliquent par des cadres politiques et institutionnels nationaux défaillants ainsi que par les incertitudes sur l’approvisionnement futur à cause du changement climatique.

L’exemple espagnol est éloquent. Les sécheresses à répétition ont conduit les agriculteurs à creuser des puits illégaux. Il en existe plus d’un million sur le territoire selon l’estimation de Greenpeace.

Une amende ne suffit pas

Ainsi la seule création d’amendes ne suffit pas à endiguer le problème. «Si les utilisateurs volent de l’eau parce qu’elle est de plus en plus rare et qu’ils en ont besoin pour maintenir leur culture en vie, une sanction ne les arrêtera pas et ils continueront à voler l’eau», explique Adam Loch, qui a dirigé les travaux. Plusieurs études de cas ont montré que lorsque les autorités ne font rien pour détecter les pillages, ni pour les sanctionner, ceux-ci augmentent inéluctablement.

Un système à revoir

«A l’heure actuelle, de nombreux investissements ciblent l’amélioration de l’efficacité des prélèvements, pour tenter d’économiser au mieux entre 10 et 20% des ressources mondiales. Mais en identifiant l’eau volée, nous pourrions en récupérer entre 30 et 50%», conclut Adam Loch. Son programme de choc : redonner à l’eau toute sa valeur, mettre en œuvre un dispositif efficace de surveillance des ressources et sanctionner fortement les pilleurs.