En Inde, l’irrigation est aussi un problème sanitaire

Le 26 octobre 2020 par Romain Loury
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En Inde, une chaleur toujours plus suffocante
En Inde, une chaleur toujours plus suffocante

Particulièrement fréquente dans la plaine du Gange, l’irrigation agricole accroît la vulnérabilité de la population aux vagues de chaleur, révèle une étude publiée lundi 26 octobre dans Nature Geoscience.

Zone parmi les plus densément peuplées au monde, le nord de l’Inde est soumis à des épisodes de chaleur et de sécheresse toujours plus intenses. Afin d’assurer la production alimentaire, les agriculteurs sont contraints de recourir à l’irrigation. Outre qu’elle crée une tension sur les ressources en eau, cette pratique salinise les sols, les rendant progressivement improductifs.

Or l’irrigation pourrait aussi avoir d’importantes conséquences sanitaires, en matière d’exposition de la population aux vagues de chaleur. Certes, elle rafraîchit la température, mais favorise une chaleur humide, bien moins supportée qu’une chaleur sèche. Lorsque l’humidité est élevée, la transpiration s’évapore en effet moins bien, et l’organisme peine à réguler la température corporelle.

Publiée en août 2017, une étude avait montré que le sous-continent indien était particulièrement menacé par la chaleur humide, qui pourrait régulièrement dépasser des seuils critiques au cours du 21ème siècle. Publiés lundi 26 octobre dans Nature Geoscience, de nouveaux travaux pointent le rôle de l’irrigation dans ce phénomène, notamment dans la plaine indo-gangétique.

L’effet combiné réchauffement-irrigation

Vimal Mishra, de l’Institut indien de technologie (Gandhinagar, dans le Gujarat), et ses collègues montrent que la température sèche, mesurée sans tenir compte de l’humidité, a diminué sur la plaine indo-gangétique au cours de la période 1979-2018, tandis que la chaleur humide a augmenté. Ce phénomène, qui diverge du reste du pays, est lié à l’irrigation, constatent les chercheurs.

«Le déclin de la chaleur sèche et l’augmentation de la chaleur humide dans la plaine indo-gangétique peuvent être attribuées aux effets combinés du réchauffement climatique, à grande échelle, et des effets localisés de l’irrigation», estiment les chercheurs. Selon eux, ce phénomène indien s’étendrait, par des phénomènes atmosphériques, jusqu’au Pakistan et aux régions orientales de l’Afghanistan –en tout, 37 à 46 millions de personnes seraient concernées par cette hausse de chaleur humide.