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Emmanuel Macron organise un mini sommet sur la biodiversité

Le 07 janvier 2021 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Emmanuel Macron sera-t-il démasqué ?
Emmanuel Macron sera-t-il démasqué ?
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La France en profitera pour relance une vieille idée : conjuguer les actions réalisées dans le cadre des conventions onusiennes sur le climat, la biodiversité et la désertification. 

Les Anglais avaient tiré les premiers. Les Français répliquent. Logique. Après le sommet de l’ambition climatique organisé, le 12 décembre dernier, par le gouvernement britannique, l’administration française ne pouvait rester l’arme au pied. Ce n’est plus le cas. Lundi 11 janvier, l’Elysée accueillera un sommet, tout aussi virtuel que le précédent, consacré, celui-là, à la biodiversité.

Au sommet de l’Etat, on évoque plusieurs raisons pour expliquer une telle précipitation. La pandémie «a beaucoup perturbé la diplomatie internationale et tout l’effort multilatéral pour la gouvernance des biens publics mondiaux.» En langage moins diplomatique, on peut dire que les négociations internationales sur le climat, la biodiversité ou la lutte contre la désertification sont encalminées depuis le début de l’épidémie de Covid-19.

Organiser ces journées, fussent-elles virtuelles, permet de «remobiliser collectivement tout un ensemble d’acteurs sur ces sujets fondamentaux à la veille d’une année 2021 qui s’annonce riche et dense.» Pour le seul contexte onusien, on peut évoquer l’organisation des COP 15 sur la biodiversité, probablement au printemps prochain en Chine, et de la COP 26 sur le climat, qui doit se dérouler à Glasgow en novembre. Entre les deux se déroulera l’assemblée générale des Nations unies.

plusieurs initiatives

La quatrième édition du One Planet Summit (OPS) va donc servir à revigorer les troupes de la protection de la biodiversité, quelque peu démobilisées par le report du congrès mondial de l’UICN et de la COP 15. A cette occasion, la France entend lancer plusieurs initiatives. D’abord, relancer un vieux projet: celui de la plantation d’une formidable barrière verte, censée stopper l’avancée du désert vers le sud de la bande sahélo-soudanaise. La France espère lever 10 milliards d’euros d’ici à 2025. Restera à trouver des projets à financer. Ce qui n’est pas forcément le plus évident dans cette région.

Paris va aussi relancer la Coalition de la haute ambition pour la nature et les hommes. Créée à l’origine avec le Costa Rica, elle réunit les pays qui promettent de protéger le tiers de leur territoire des appétits des bétonneurs, des agriculteurs et des urbanistes. « Notre objectif est d'atteindre 50 pays lundi et je pense que nous sommes en bonne voie pour réaliser cet objectif», indique une veille routière des négociations internationales. 50 pays, ce serait deux fois plus qu’aujourd’hui.

protéger 30% du territoire 

Emmanuel Macron profitera de ce succès annoncé pour confirmer que la France réussira bien à protéger le tiers de son territoire terrestre et maritime dès 2022. Il faudra toutefois attendre quelques jours, voire semaines, avant que le ministère de la transition écologique ne publie la stratégie ad hoc. Une chose est acquise : la France consacrera une cinquantaine de millions de son plan de relance à la plantation de 7.000 km de haies dans les zones rurales.

Invité d’honneur, Boris Johnson devrait, de son côté, annoncer la création de la Task force on nature-related financial disclosure (TNFD). L’idée de ce groupe de travail est d’imaginer comment les entreprises peuvent considérer, notamment au plan comptable, la question de la biodiversité. Ceci afin de les inciter, par la suite, à investir sur le sujet. Il s’inspire de la TCFD, dispositif cousin, élaboré en 2015, sur la thématique du climat.

conjuguer les conventions

La pandémie a démontré par l’absurde les relations entre dégradation de la nature et santé. L’OPS du 11 janvier sera aussi l’occasion de lancer le programme franco-allemand Prezode. Doté, à terme, de 350 millions d’euros, il réunit centres de recherche des deux rives du Rhin. Objectif: bâtir de stratégies de prévention des zoonoses.

Le sommet virtuel de Paris sera aussi l’occasion pour le gouvernement français de faire avancer l’une de ses vieilles antiennes de la diplomatie environnementale: conjuguer les trois conventions issues du sommet de Rio de 1992 : climat, biodiversité et désertification. «Ce sont fondamentalement des enjeux convergents qui doivent être pris à bras le corps de façon conjointe et cohérente», insiste un conseiller du président de la République.

S’il semble inimaginable, dans un délai raisonnable, de voir fusionner les trois véhicules juridiques, on peut, en revanche, imaginer des instruments d’intervention ayant des effets sur plusieurs thématiques. C’est d’ailleurs la logique des «solutions basées sur la nature», concept popularisé par l’UICN et de grandes ONG environnementales, à l’instar du WWF. Exemple: financer la plantation d’une mangrove favorise la biodiversité marine (la mangrove est une nursery à poissons) et renforce la protection du littoral contre les cyclones.

Pour les Etats riches, c’est aussi la perspective, paradoxalement, de réduire leur aide au développement. Sous couvert d’efficacité, la France va ainsi s’engager à consacrer, dès 2022, le tiers de son aide bilatérale climatique auxdites «solutions fondées sur la nature». Soit l’équivalent de 1,5 milliard d’euros par. Toujours ça de moins à consacrer, directement à la lutte contre la désertification ou à la préservation de la biodiversité.