Emissions: le «peak carbon», mirage ou horizon?

Le 04 décembre 2020 par Romain Loury
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Le crépuscule du pétrole?
Le crépuscule du pétrole?

Crise de la Covid-19 oblige, les émissions de gaz à effet de serre devraient  baisser de près de 7% entre 2019 et 2020. Le pic tant attendu des émissions carbonées pourrait enfin être en vue… s’il n’a pas déjà été franchi.

L’année 2019 sera-t-elle le tournant tant espéré lors de la COP21, celui du pic des émissions carbonées? Difficile de l’affirmer pour l’instant. Seule certitude, la crise de la Covid-19, ralentissant l’ensemble des activités, a entraîné une baisse significative des émissions.

Selon une étude publiée en mai dans Nature Climate Change, les émissions de CO2 devraient baisser de 4% cette année si la situation revenait à son état ré-pandémique en juin, mais de 7% si des restrictions subsistaient jusqu’à la fin de l’année. C’est clairement ce dernier scénario qui est en passe de se réaliser.

Dans son dernier rapport prospectif annuel, le World Energy Outlook, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) conforte cette estimation: les émissions de 2020 seront de 6,7% inférieures à celles de 2019, prévoit-elle. Pour la suite, l’agence prévoit une lente remontée jusqu’en 2030, horizon auquel les émissions reviendraient à leur niveau de 2019, puis connaitraient un plateau.

Les derniers jours des fossiles?

Outre la question du «peak carbon», se pose celle du «peak demand», à savoir le pic de demande d’énergies fossiles. Mi-septembre, BP jetait un pavé dans la mare avec son «Energy Outlook» annuel: pour la première fois, une entreprise pétrolière estimait, dans deux scénarios sur les trois analysés, que le pic de consommation de pétrole était déjà survenu, en 2019.

Corollaire, la consommation future ne retrouvera jamais son niveau pré-pandémique. Dans le troisième scénario, dit «business as usual», la demande ne retrouverait son niveau initial qu’en 2025, avant de lentement décroître.

Plus prudents, d’autres analystes et groupes pétroliers perçoivent eux aussi un «peak demand», mais seulement au cours des prochaines années: 2030 pour Total, 2028 pour l’analyse norvégien Rystadt, 2035 pour Bloomberg et Wood McKenzie, tandis que l’AIE prévoit plutôt un plateau s’installer au cours de la décennie 2030.

Si les analyses divergent, Stéphane His, consultant indépendant sur les questions d’énergie, estime qu’«il y a encore des débats, mais il existe tout un faisceau d’indices qui montrent que nous sommes à un point de bascule. Exemple, le véhicule électrique, dont il ne fait aucun doute qu’il connaît un véritable boom».

Fait encore inimaginable en 2015, les majors pétrolières européennes (Total, BP, Shell, Eni, Equinor, Repsol) visent désormais la neutralité carbone en 2050 ou avant. Signe des temps, le mouvement contamine l’Amérique. Le 20 octobre dernier, c’était au tour du Texan ConocoPhillips de succomber au Carbon Neutral. Une lame de fond s’est levée sur le monde de l’or noir.