Emissions d’azote: le poids écrasant de l’élevage asiatique

Le 06 juillet 2020 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Un tiers des émissions azotées mondiales
Un tiers des émissions azotées mondiales

L’élevage est responsable à lui seul d’un tiers des émissions azotées d’origine anthropique, révèle une étude publiée lundi 6 juillet dans Nature Food. Parmi elles, deux tiers surviennent en Asie.

Nocif pour le climat sous forme de protoxyde d’azote (N2O), l’azote constitue aussi une nuisance en termes de qualité de l’air, sous forme d’oxydes d’azote (NOx) et d’ammoniac (NH3), ainsi que pour la biodiversité, via l’eutrophisation des cours d’eau et des littoraux (nitrates et azote organique).

Or, comme pour le carbone, l’action humaine déséquilibre fortement le cycle de l’azote, en grande partie par l’application d’engrais synthétiques et de fumier dans l’agriculture. De manière indirecte, l’élevage, via l’alimentation des animaux en soja, maïs et blé, est l’une des principales sources d’émissions d’azote.

S’appuyant sur le modèle GLEAM mis au point par la FAO[i], l’équipe de Pierre Gerber, de l’université de Wageningue (Pays-Bas), a estimé la part d’émissions azotées liées à l’élevage. Selon les chercheurs, elle s’élève à environ 65 millions de tonnes par an (Mt/an), soit environ un tiers du total des émissions azotées d’origine humaine, atteignant ainsi la limite planétaire estimée pour l’azote (entre 62 et 82 Mt/an).

Selon les chercheurs, les émissions liées à l’élevage sont ainsi responsables de 39% des émissions anthropiques totales de nitrates, 60% d’ammoniac, 23% d’oxydes d’azote et 32% de protoxyde d’azote.

Deux tiers liés à l’alimentation animale

Deux tiers d’entre elles, soit 44 Mt/an, ont trait à l’épandage de fertilisants d’azotés et de fumier pour produire les aliments pour animaux, tandis que 20 Mt/an proviennent de l’élevage lui-même, en particulier des excréments. La part des émissions liées à la transformation de la viande est en revanche assez faible, d’environ 1 Mt/an.

L’élevage bovin, que ce soit pour la viande et pour le lait, est le premier responsable de ces émissions azotées (71%, contre 29% pour la production d’œufs, de volaille et de porc). Principale zone d’émission (41 Mt/an), l’Asie, en particulier dans ses parties sud (dont l’Inde) avec 23 Mt/an, est et sud-est (dont le Chine) avec 18 Mt/an. La zone Amérique latine/Caraïbes arrive en troisième position, à 7 Mt/an.

La grande majorité de la viande étant consommée dans le pays de production, seules 5,5 Mt/an d’émissions azotées ont trait à des produits exportés vers d’autres pays. Là aussi, ces émissions de distinguent entre production d’aliments pour animaux (1,5 Mt/an) et élevage (4 Mt/an).



[i] GLEAM: Global Livestock Environmental Assessment Model. FAO: Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.