Electricité: les Baltes veulent couper le cordon russe

Le 04 septembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La centrale nucléaire d'Astraviets va devoir trouver de nouveaux débouchés.
La centrale nucléaire d'Astraviets va devoir trouver de nouveaux débouchés.
BelAES

Estonie, Lituanie et Lettonie n’achèteront plus de courant biélorusse. Un nouveau pas vers l'intégration des réseaux baltes à l’Union européenne. Et le développement de l'éolien marin?

C’est le dernier épisode d’une longue saga. Le 31 août, les gouvernements estonien, letton et lituanien ont conclu un accord qui va faire grincer des dents. Les Etats baltes se sont dotés de nouvelles règles de commerce d’électricité. L’une d’entre elles met fin aux échanges avec le Belarus voisin. La nouvelle en agacera plus d’un à Minsk. L’accord intervient précisément au moment où BelAES, un électricien biélorusse, met en service les deux réacteurs de sa nouvelle centrale nucléaire d’Astravets. Construits par la Russie, les deux réacteurs de 1.200 MW sont situés à quelques kilomètres à peine de la frontière lituanienne.

nucléaire biélorusse

Compte tenu de leur situation, les trois Etats baltes faisaient figure de débouché naturel pour les électrons nucléaires biélorusses. Ce ne sera pas le cas. Cette volonté d’éloignement de l’ancienne puissance tutélaire (le Belarus est très lié, économiquement et politiquement à la Russie) n’est pas le fruit d’un lobbying antinucléaire.

Les anciennes républiques soviétiques conservent de leur colonisation un héritage encombrant : un réseau de lignes à haute tension synchronisé avec le système russe IPS/UPS, qui lie toujours les réseaux électriques des anciennes républiques de la sphère soviétiques, de la Mongolie à la Baltique. Estonie, Lituanie et Lettonie sont davantage reliées aux réseaux russes et biélorusses qu’à ceux de pays de l’Union européen (système UCTE)[1]. Pire, le bouclage de leur système électrique national, notamment à l’ouest de la Lettonie et au sud de la Lituanie passe par … la Russie.

indépendance électrique  

Les autorités baltes craignent que Moscou puisse perturber la stabilité de leurs réseaux, en agissant sur la fréquence du courant ou en fermant l’une des sous-stations qui commandent l’arrivée du courant russe. Cela n’est pas qu’un fantasme. Le 9 juin dernier, des coupures, à l’origine toujours inexpliquée, ont fortement perturbé l’activité de la Lettonie. Le réseau balte a finalement été stabilisé grâce à de grosses exportations de courant polonais.

Pour conquérir leur indépendance électrique, les pays baltes ont tiré trois câbles sous-marins avec la Suède (700 MW) et la Finlande (1.000 MW) et construit une interconnexion avec la Pologne (500 MW). Mais cela reste insuffisant.

Avec l’aide ‘experts européens et américains, les électriciens baltes préparent leur synchronisation au réseau européen. Mais avant de couper le cordon avec la Russie, pas ce n’est pas prévu avant 2025, il faudra installer de nombreux automates et capteurs, sur les réseaux et dans les centrales électriques des trois pays afin que les réseaux baltes et européens puissent se « parler ». Il faudra aussi mettre en service de nouvelles unités de production. Et pourquoi pas éoliennes ? D’ici à 2030, 9 GW de capacités éoliennes marines pourraient être mis en service en mer Baltique, estime WindEurope, l’un des lobbies de l’éolien en Europe.



[1] Treize lignes à haute tension lient les pays baltes à la Russie et au Belarus contre 4 avec des pays de l’Union européenne.