Electricité: la centrale guyanaise démarrera bien au fioul domestique

Le 27 octobre 2020 par Stéphanie Senet et Valéry Laramée de Tannenberg
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La centrale thermique de Dégrad-des-cannes fermera en 2023.
La centrale thermique de Dégrad-des-cannes fermera en 2023.
EDF

La future centrale électrique de Larivot carburera bien au fioul domestique. Reste à savoir pendant combien de temps?

La ministre de la transition écologique a-t-elle pris ses désirs pour la réalité ? Le 19 octobre, l’Hôtel de Roquelaure annonçait, dans un communiqué, avoir imposé à EDF PEI un changement majeur dans son projet de centrale thermique de Larivot, en Guyane française. Plutôt que de carburer au fioul léger, comme prévu par la filiale ultramarine de l’électricien, la prochaine centrale électrique guyanaise devra utiliser des agrocarburants.

«Cette réorientation du projet permettra de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre puisqu’elles seront au moins 3 fois inférieures au projet initial et 4 fois inférieures à celles de l’actuelle centrale de Dégrad-des-Cannes. Ce projet réduira également fortement les émissions d’oxydes d’azote (-64%) et d’oxydes de soufre (-99,6%)», précisait le ministère.

deux ans d'études

Le message n’a pas traversé l’Atlantique. Publié le 23 octobre, l’arrêté d’autorisation consacre une centrale de 120 MWe carburant au fioul domestique à basse teneur en soufre (0,1%). Signé du préfet de Guyane, le texte donne néanmoins deux ans à l’exploitant pour réaliser «une étude technico-économique de faisabilité pour la conversion des installations au biocombustible.»

Ces prescriptions peuvent surprendre. Elles contredisent non seulement le discours ministériel, mais aussi un communiqué de presse publié, le 26 octobre, par le … préfet de Guyane, précisant que «la centrale fonctionnera bien au biocarburant dès sa mise en service.» Toutefois, contrairement à l’arrêté préfectoral, ce communiqué n’a aucune valeur juridique.

Dans son étude, EDF PEI ne pourra considérer «l’huile de palme et ses dérivés.» Mais quid du soja, explicitement exclu dans le communiqué du ministère de la transition écologique? L’arrêté préfectoral n’en souffle mot. Au cabinet de Barbara Pompili, on précise toutefois qu'aucun biocarburant issu du soja ne sera utilisé.

sécuriser l'approvisionnement

La décision du préfet n’est pas totalement surprenante. La future centrale de Larivot doit prendre le relai de la centrale de Dégrad-des-cannes en 2023. Or, si EDF a déjà testé le bon fonctionnement du biogazole de colza sur les groupes diesel de sa centrale guadeloupéenne de Pointe-Jarry, l’industriel affirme ne pas disposer, pour le moment, d’une filière sécurisée pour alimenter sa future installation guyanaise.

La Direction générale des territoires et de la mer (DGTM, Guyane) avait anticipé ce cas de figure, exigeant que le fioul ne soit pas totalement abandonné dans le projet Prométhée, pour éviter toute rupture d'approvisionnement «en cas de mauvaise récolte.»

Selon l’Autorité environnementale, la future centrale de Larivot émettra 455.000 tonnes de CO2 par an: presque quatre fois le tonnage de gaz carbonique émis par la centrale qu’elle remplacera.