Electricité : la coalition Vivaldi pourrait nuire au climat

Le 02 octobre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Centrale nucléaire de Tihange : fermera, fermera pas ?
Centrale nucléaire de Tihange : fermera, fermera pas ?

La politique énergétique du nouveau gouvernement belge pourrait accroître les émissions carbonées du secteur électrique.

On peut embaucher 5 ministres écologistes et ne pas forcément améliorer la situation environnementale. C’est le paradoxe présenté par la coalition Vivaldi. Installé jeudi 1er octobre, le nouveau gouvernement fédéral de la Belgique doit maintenant mettre en œuvre l’accord de gouvernement conclu ces derniers jours entre les 4 familles politiques qui exercent désormais pouvoir exécutif outre-Quiévrain.

L’un des points forts de ce programme de mandature est la stricte application de la loi de 2003 sur l’arrêt de l’énergie nucléaire. Modifié en 2013 et 2015, ce texte impose à Engie (l’exploitant des centrales nucléaires de Doel et de Tihange) de fermer ses sept réacteurs entre février et septembre 2025.

la moitié des électrons

En temps normal, ces deux installations produisent environ la moitié des électrons consommés par les Belges, soit une quarantaine de TWh/an. Leur brusque arrêt imposera d’augmenter les capacités de production des autres filières et les importations d’électricité.

Le bureau fédéral du Plan estime que les centrales à gaz devront injecter sur les réseaux belges 43 TWh/an, en 2030, contre 28 TWh/an, en 2016. Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, Elia, a aussi fait ses comptes. Pour assurer l’équilibre de ses réseaux de lignes à haute tension et satisfaire la demande, il faudra mettre en service 3,6 GW de nouvelles capacités au gaz et un peu plus de puissance éolienne nouvelle (notamment en mer du Nord) pour compenser la fin de l’atome. L’accord de gouvernement prévoit d’investir dans les réseaux de gazoducs.

+30% de CO2

Cela aura plusieurs conséquences. Avec le nouveau bouquet électrique, le Plan estime que le coût global de la production d’électricité va progresser d’une dizaine de pourcents, le gaz naturel étant plus cher que l’uranium. Estimé à 15 TWh/an, cette année, le niveau moyen des importations pourrait atteindre 25 TWh/an en 2030. EDF n’en demandait pas tant. Plus de centrales à gaz, c’est aussi plus de CO2. Selon les projections réalisées par le consortium de think tanks flamands EnergyVille, les rejets carbonés du système électrique belge pourraient bondir de 30% entre 2020 et 2026.

Difficile, dans ces conditions d’engager le royaume dans la voie ouverte par la Commission européenne: réduire de 55% les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030. A moins, bien sûr, que la Belgique n’estime que la fermeture de ses centrales nucléaires  réduise sa sécurité d’approvisionnement en électricité. Une étude devra en décider en novembre 2021.

Si Doel et Tihange voyaient leur durée de vie finalement allongée, le gouvernement d’Alexander de Croo a tout prévu : les nouveaux gazoducs pourraient être utilisés pour transporter de l’hydrogène, voire du CO2 à enfouir profondément dans le sous-sol.