Electricité : 100%, c’est possible et c’est pas cher

Le 26 novembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Et si la France décuplait sa capacité de production solaire ?
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Iberdrola

Trois économistes du Cired publient une modélisation d’un parc électrique métropolitain de 2050. Verdict: le tout renouvelable est possible. Et à des coûts de plus en plus compétitifs. Explications.

Les énergies renouvelables électriques sont de retour ! Cinq ans après la publication d’un rapport de l’Ademe estimant possible un verdissement total du secteur électrique français, au tour du Cired de présenter son évaluation.

Trois économistes du Cired[1] viennent de publier dans The Energy Journal un imposant article présentant une évolution possible du parc électrique. En se basant sur les hypothèses de consommation utilisées par l’Ademe, en 2015, les chercheurs ont choisi de tester l’hypothèse suivante: imaginer un bouquet électrique totalement renouvelable en partant des meilleures estimations économiques disponibles.

Les scientifiques ont écumé les études du centre de recherche de l’Union européenne (JRC), de banques sur l’évolution annoncée des coûts des systèmes énergétiques en compétition: éoliens terrestre et marin, photovoltaïque, biomasse. Sans compter les dispositifs de stockage: station de transfert d’énergie par pompage (Step), batteries, power to gas, hydrogène. Pour évaluer le productible, le parc virtuel a été confronté à 18 années météo.

200 GW de capacités de production

Quelques calculs plus tard, les ordinateurs crachent leurs résultats. Oui, un parc totalement renouvelable est possible. Il serait composé d’environ 200 GW de capacité installée, dont la moitié de photovoltaïque (soit dix fois plus qu’aujourd’hui), environ 80 GW d’éolien terrestre et 20 GW (au mieux) d’éolien marin. Sans oublier une vingtaine de GW de capacité de production de biogaz. Des chiffres assez proches de ceux visés par l’Allemagne, mais en 2030.

Première surprise, les besoins de production sont très inférieurs à ceux calculés par l’Ademe. Il y a 5 ans, les ingénieurs de l’agence de la transition écologique tablaient sur une capacité de 700 GW et de lourds investissements en matière de stockage. Tel n’est pas le cas dans l’étude Cired. «Dans notre modèle, l’intermittence de la production d’électricité éolienne et photovoltaïque est compensée par des dispositifs de stockage dont la capacité n’excède pas 15% des capacités totale de production, ce qui n’est pas faramineux», insiste Philippe Quirion.

des chiffres à la baisse

Avec un parc dont la puissance est trois fois moins importante que celle imaginée par l’Ademe, le montant de la facture présentée par le Cired est aussi en chute libre. «Chaque année, les coûts d’investissement et d’exploitation s’élèvent à un plus de 21 milliards d’euros», confirme l’économiste. Avec un coût de l’électron estimé à 52 €/MWh, pas si lointain des prix actuels observés sur le marché de gros européen. En 2015, l’Ademe estimait son MWh vert à 119 € !

Pour intéressante qu’elle soit, cette modélisation souffre de quelques biais. Elle considère l’Hexagone comme un système électrique fermé sans prendre en compte les interconnexions (10 GW à l’export, 6 GW à l’importation) liant la France à ses voisins. Elle n'intègre pas non plus à la facture des consommateurs le coût de l'arrêt accéléré du programme nucléaire. Enfin, elle ne prend pas en compte les conséquences des changements climatiques sur la production d’énergie.

Or, il y a tout lieu de penser que l’évolution de la pluviométrie créera des conflits d’usage dont pourrait pâtir, dans certaines régions, la production d’énergie. Le modèle peine aussi à imaginer les couplages énergétiques entre secteurs: la production d’hydrogène vert servira tout à la fois à l’industrie, au transport lourd et éventuellement à stocker l’énergie. 

Quoi qu’il en soit, le débat sur l’évolution du mix électrique est relancé. Il pourrait rebondir, au début de l’année prochaine, avec la publication par RTE de son scénario 100% renouvelable. Si le ministère de la Transition écologique le veut bien.

 



[1] Philippe Quirion, Behrang Shirizadeh, Quentin Perrier.