EDF lance son «projet Prométhée» en Guyane française

Le 04 mai 2020
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La future centrale du Larivot couplera diesel et solaire.
La future centrale du Larivot couplera diesel et solaire.
EDF

La filiale ultramarine de l’énergéticien s’apprête à lancer l’étude publique pour la construction d’une centrale thermique de 120 MWe en Guyane française. Un projet contraire aux objectifs de la politique énergétique locale.

L’environnement n’est pas à la fête en Guyane française. Après l’avis favorable donné le 29 avril par la commission départementale des mines au projet de mine d’or d’Apatou, au tour d’EDF de préparer la population à un grand projet peu favorable à l’environnement. PEI, sa filiale ultramarine, lancera, le 15 mai et pour un mois, l’enquête publique sur son projet de centrale électrique du Larivot.

Prévue par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) guyanaise, cette installation succèdera, début 2024, à la centrale thermique au fioul de Dégrad-des-Cannes, près de Kourou. EDF PEI remplacera une centrale au fioul par une centrale hybride fioul-photovoltaïque.

Située sur la commune de Matoury, l’installation comportera 7 moteurs diesel de 43,2 MWth de puissance unitaire. Ces derniers, insiste l’électricien, sont convertibles au gaz naturel[1], «dans l'éventualité où les conditions d'arrivée du gaz en Guyane soient un jour réunies.» Autrement dire jamais.

centrale diesel-solaire

Couplé à l’îlot thermique de 120 MWe, une centrale photovoltaïque de 10 MWc complètera le dispositif, occupant une surface de 10 hectares. Dénuée de système de stockage, elle injectera son courant directement sur le réseau.

Dans un avis rendu en décembre dernier, l’Autorité environnementale (Ae) pointe du doigt plusieurs problèmes soulevé par le «projet Prométhée» d’EDF PEI.

La construction de la future installation nécessitera le défrichage et l’artificialisation de 24 hectares de zones humides, de mangrove et de forêts marécageuses. Sans compter la construction de oléoduc de plus de 14 km de long qui alimentera les moteurs en combustible. EDF répond qu’elle prévoit des mesures de compensation portant sur 150 hectares.

Mais avant de lancer les bulldozers à l’assaut de la forêt, encore faut-il disposer de suffisamment de matériaux. Le dossier d’EDF PEI estime à 320.000 m3 de remblais les besoins du chantier. Ce qui excède largement la capacité de production de sable des carrières locales : de 150.000 m3 à 200.000 m3, selon le dernier schéma régional des carrières.

près de 4 fois plus de CO2

Malgré son caractère hybride, la future installation affichera un bilan carbone négatif. Chaque année, rappelle l’Ae, la centrale du Larivot émettra jusqu’à 455.000 tonnes de CO2. Soit près de quatre fois les émissions annuelles de Dégrad-des-Cannes (118.000 t CO2 en 2016).

Le choix d'EDF PEI est paradoxal. Car, au nom de la sécurité d'approvisionnement en électricité, l'électricien va renforcer la dépendance aux énergies fossiles importées  du département d'outre-mer et accroître ses émissions de gaz à effet de serre. Ce faisant, l'énergéticien torpille deux des objectifs de la politique énergétique locale: l'autonomie énergétique en 2030 et la neutralité carbone en 2050.


[1] Un combustible fossile moins émetteur en CO2 et en polluants atmosphériques que le gazole.