EDF fait son retour dans l'hydroélectricité

Le 09 octobre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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La centrale affiche une puissance de 97 MWe.
La centrale affiche une puissance de 97 MWe.
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EDF inaugure la centrale hydroélectrique de Romanche-Gavet (Isère). Une prouesse technique qui pourrait en annoncer d'autres.

Les dix ans de travaux ne sont plus qu’un souvenir. Ce vendredi 9 octobre, EDF inaugure sa centrale hydroélectrique de Romanche-Gavet. Installée dans le massif de Belledone (Isère) à une trentaine de kilomètres de Grenoble, l’installation est unique en France. Captée à une dizaine de kilomètres en amont dans la Romanche et le Vénéon, l’eau est amenée par une conduite forcée de 10 km de long forée dans le gneiss des Alpes.

A Gavet, les 40 mètres cubes/seconde sont turbinés par des deux turbines Francis de 2 mètres de diamètre, spécialement forgées en Vénétie. La nouvelle centrale hydroélectrique affiche une puissance de 97 MWe. Elle devrait produire 560 GWh/an. «De quoi alimenter les villes de Grenoble et de Chambéry», souligne Yves Giraud, directeur de la production hydraulique d’EDF.

vaste caverne

L’installation est une première à plusieurs types. Avant le démarrage du creusement des nouveaux métros franciliens, elle a longtemps été le plus vaste chantier souterrain d’Europe. L’usine hydroélectrique proprement dite est installée dans une caverne de 35 mètres de haut et de 110 mètres de long. Là n’est pas l’essentiel.

Au plan environnemental, elle succède à une demi douzaine de barrages et de centrales bâtis entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Toutes ces installations seront démantelées d’ici à 2024. A la place, confirme Daniel Pierra, chef d’aménagement du projet, EDF va renaturer les sites. Notamment en réinstallant une cinquantaine d’hectares de prairies naturelles, pour le plus grand bonheur des éleveurs locaux.

Au plan énergétique, elle est capable d'afficher un rendement de 95% avec des débits variables. «Nous pouvons turbiner avec des débits variant de 40 à 8 mètres par seconde», résume Daniel Pierra. Important, car toute chute de rendement a des conséquences économiques importantes.

une vitrine technologique

Pour l’électricien, cette installation, prévue pour turbiner 5.000 heures par an est la vitrine d’une ambition renouvelée dans l’hydroélectricité. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit la mise en service durant la décennie de 1 GW supplémentaire de capacités hydroélectriques et de 1,5 GW de nouvelles stations de transfert d’énergie par pompage (Step). «La houille blanche a toujours beaucoup de potentiel en France. Le plan de relance aurait pu soutenir ce potentiel. EDF va tout faire pour combler ce simple oubli», regrette Jean-Bernard Lévy, P-DG d’EDF.

L’électricien ne fait pas mystère de sa volonté de moderniser la chaîne de barrages dont elle a la concession dans la vallée de la Truyère. Entre le Cantal et l’Aubrac, EDF exploite 20 barrages et 15 centrales hydroélectriques. «Il y a un potentiel de 1 GW», estime Yves Giraud.

négociations avec Bruxelles

La décision d’investir pourrait être décalée dans le temps. Ce ne sont pas les capacités de financement du groupe qui font défaut. «Il y a un véritable appétit des investisseurs pour les obligations vertes», se félicite Jean-Bernard Lévy. Il y a quelques semaines, le groupe a bouclé sans problème l'émission de 2,8 milliards de Green Bonds.

Cependant, le gouvernement Castex négocie avec la Commission européenne les contours de la future rémunération de l’électronucléaire français. Ce prochain modèle économique pourrait obliger EDF à se scinder en plusieurs activités et à séparer les parcs thermiques et hydroélectriques. Un unbundling, cher aux fonctionnaires européens, que l’on croyait disparu.