EDF en cure financière et carbonique

Le 06 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Officiellement, Tricastin n'est pas un actif échoué.
Officiellement, Tricastin n'est pas un actif échoué.
VLDT

Partisan de la neutralité carbone, l'énergéticien compte sur son foncier pour compenser ses émissions résiduelles. Un schéma mise à mal par une nouvelle cure d'austérité?

L’année s’annonce difficile pour l’ex-opérateur historique. La faute, bien sûr, à la forte baisse de la consommation d’électricité survenue pendant la pandémie. Durant les premières semaines de confinement, la demande tricolore d’électrons a pu baisser de 20% avait noté RTE. La situation est presque revenue à la normale. Mais la désorganisation imputable au confinement et aux règles de distanciation a considérablement ralenti les opérations de maintenance des centrales.

baisse d'activité

Résultat: le groupe devrait injecter, cette année, sur les réseaux français 320 TWh d’électricité: 18% de moins qu’en 2018. Durant les trois premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires France du groupe a chuté de 250 M€, rappelle Le Monde. Le second trimestre ne sera pas meilleur.

Cette baisse de l’activité intervient au pire des moments pour le groupe présidé par Jean-Bernard Lévy. L’électricien doit, tout à la fois, financer le Grand carénage, poursuivre la construction de sa centrale nucléaire britannique de Hinkley Point C (en attendant de lancer celle de Sizewell), achever Flamanville 3, développer plusieurs parcs éoliens marins, bâtir une centrale hybride en Guyane et préparer la construction de prochaines tranches EPR. Cela fait beaucoup. D’où le lancement, fin juin, d’un nouveau plan d’économie. Information confirmée par l’entreprise à la fin de la semaine passée. Baptisé Mimosa, il devrait permettre, espère la direction, d’économiser 2,5 milliards. Reste à savoir comment ?

cure d'austérité

EDF sort déjà d’une cure d’amaigrissement très austère (le plan Cap 2030) qui l’a contraint à vendre 10 milliards d’actifs. «Il y a donc fort à parier que ces efforts se traduisent par une incidence sur les projets immobiliers, une probable baisse des coûts de fonctionnement et une baisse de la masse salariale», estiment certains syndicalistes. D’autres observateurs craignent la cession d’une filiale stratégique, à l’instar d’EDF Renouvelables ou d’Enedis.

Ce nouvel amaigrissement annoncé menace-t-il les objectifs climatiques du groupe? Officiellement, l’industriel vise la neutralité carbone à l’horizon de 2050. Cet objectif n’est atteignable qu’en compensant une partie de ses émissions directes et indirectes: 120 MtéqCO2/an, si l’on regarde les trois scopes.

Certes, rappelle-t-on dans les couloirs du siège de l’avenue de Wagram, «EDF reste le troisième propriétaire foncier de France». Mais au rythme où le groupe se débarrasse de ses actifs, on peut craindre que les surfaces de forêts et de prairies stockeuses de carbone ne finissent pas se faire rare.