Directive-cadre sur l’eau: l’UE maintient le cap

Le 29 juin 2020 par Stéphanie Senet
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Un objectif maintenu dans l'UE mais des plans d'eau oubliés en France
Un objectif maintenu dans l'UE mais des plans d'eau oubliés en France

Suite à son évaluation, la directive-cadre sur l’eau visera toujours un bon état des masses d’eau en 2027, a indiqué la Commission européenne.

Le commissaire européen à l’environnement Virginijus Sinkevicius a confirmé, le 24 juin, «la nécessité de se concentrer sur la mise en œuvre de la directive sans la changer», alors que le texte  vient de faire l’objet d’une évaluation approfondie de deux ans. Une bonne nouvelle alors que plusieurs industries étaient favorables à un report de l’objectif visant le bon état des eaux, fixé initialement en 2015 et déjà reporté à 2027.

Lors de la consultation organisée par Bruxelles, plus de 375.000 citoyens européens ont réclamé que l’objectif d’atteindre un bon état écologique des masses d’eau en 2027 soit maintenu. En mars dernier, quatre Etats membres (France, Autriche, Danemark et Grèce) s’étaient aussi prononcés en faveur d’une non-révision de la DCE et d’une meilleure mise en œuvre. Aujourd’hui, seuls 40% des cours d’eau affichent un bon état écologique dans l’Union européenne.

De la théorie à la pratique

Rien ne garantit, pour l’instant, que l’UE tienne son rendez-vous. De nombreux projets d’infrastructures (hydrauliques, navigation) menacent directement la biodiversité, selon un communiqué du WWF. «Bruxelles doit maintenant travailler pour accélérer la mise en œuvre et faire en sorte que les objectifs de la DCE soient atteints en 2027, à la fois pour préserver les ressources en eau, stopper l’érosion de la biodiversité et s’adapter au changement climatique», estime Ester Asin, directeur des politiques européennes au WWF.

Glissement sémantique en France

Autre bémol: la prise en compte des «masses d’eau», traduction française des «water bodies» visées par la directive. Selon un article publié par deux scientifiques, le concept de «masse d’eau» a en effet été détourné de son sens originel pour ne viser quasi exclusivement que les cours d’eau. «L’administration française a ainsi fait disparaître la singularité du demi-million de plans d’eau que comporte notre pays, au profit d’une approche fluvio-centrée. Une erreur que l’on peut juger dramatique tant la recherche européenne et internationale insiste désormais sur la valeur environnementale des plans d’eau», écrivent Laurent Touchard et Pascal Bartout, experts des lacs et milieux lentiques à l’université d’Orléans. Selon eux, l’administration retient 9.748 masses d’eau - cours d’eau et 429 masses d’eau - plans d’eau alors que le territoire compte 554.566 plans d’eau de plus d’un are selon leur recensement de 2013. 99,9% d’entre eux ont tout simplement été passés à la trappe.