Des SRADDET en manque d'ambition et de cohérence

Le 04 novembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Qu'il sera difficile de renoncer à construire des routes.
Qu'il sera difficile de renoncer à construire des routes.
Anne LOMBARD/Text Pistol

Négawatt a expertisé les SRADDET adoptés ou en cours de validation. Verdict : peut mieux faire.

Les régions empruntent-elle le chemin de la transition énergétique? Officiellement, sans aucun doute. Cheffes de file en matière d’organisation des transports, d’aménagement, de développement durable, de politique énergétique ou de lutte contre le réchauffement, les régions, les régions doivent, à ce titre, présenter leur vision programmatique, sous la forme d’un schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET).

Regroupant les schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE), des infrastructures et des transports (SRIT), d’intermodalité (SRI) et le plan de prévention et de gestion des déchets (PRPGD), le SRADDET oriente aussi schémas de cohérence territoriaux, plans locaux d’urbanisme, plans climat air énergie territoriaux, chartes des PNR et plans de déplacement urbains.

8 SRADDET adoptés

À ce jour, huit SRADDET ont été adoptés. Manquent encore à l’appel ceux des Pays-de-la-Loire, d’Occitanie, de Bretagne[1].

Négawatt a voulu évaluer le volet «énergie» des schémas publiés, afin de voir notamment si ces programmes régionaux constituaient bien les déclinaisons locales de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la stratégie nationale bas carbone (SNBC). Dans le rapport qu’ils publient, les experts de l’association ne sont pas tendres avec les rédacteurs des schémas régionaux.

Les équipes régionales ont fait comme bon leur a semblé. Chaque région a adopté sa propre méthodologie. D’une région à l’autre les horizons diffèrent: 2030 pour Auvergne-Rône-Alpes, 2040 pour l’Occitanie mais 2050 pour les Hauts-de-France ou Normandie (enfin, ça dépend des sujets !). Les énergies nucléaire et fossile sont rarement pris en compte. Les deux tiers des données manquent à l’appel. Certaines, comme les consommation d’énergies fossiles sont incohérentes avec les statistiques du ministère de la transition écologique (SDES).

problèmes d'additions

Et puis, il y a parfois quelques problèmes d’addition. Prenant l’exemple des régions visant les 100% d’énergies renouvelables, Négawatt note que «si cet objectif est effectivement atteint dans certains cas lorsqu’on compare la production globale d’énergie renouvelable sur le territoire à la consommation dans son ensemble, il ne l’est plus du tout si l’on intègre une analyse plus fine, vecteur par vecteur.» On peine notamment à savoir si les consommations et les émissions des secteurs aérien et maritime sont pris en compte. Elles ne sont pourtant pas négligeables.

En toute logique, cette «somme des volontés régionales» ne permet pas d’atteindre les objectifs fixés par la SNBC. Ce décalage s’explique. Les rédacteurs des SRADDET sont resté fixés sur les buts fixés par la SNBC n°1 (le facteur 4) et n’ont pas pris en compte les nouveaux objectifs fixés par la suivante, la SNBC n°2, qui inscrit notamment l’objectif de neutralité carbone en 2050, annoncé dans la loi énergie-climat de 2019. Les SRADDET manquent aussi parfois d’ambition. Globalement, ils promettent de réduire de 45% la consommation d’énergie finale en 2050, quand la SNBC 2 demande une réduction de moitié. «Les objectifs de maîtrise de la consommation d’énergie ne sont pas suffisamment détaillés par filière», notent les rédacteurs.

A l’évidence, les exécutifs régionaux peinent encore à faire les choix structurants qui s’imposent en faveur de la lutte contre le réchauffement. «De nombreuses actions envisagées par les Régions viennent en contradiction avec les objectifs affichés de réduction des gaz à effet de serre: soutien à la filière aéronautique et aux aéroports, renforcement de l’attractivité logistique, développement d’infrastructures routières, etc.»  Un bon sujet de débat pour les prochaines COP régionales.



[1] Légalement, la Corse et l’Île-de-France n’ont pas l’obligation de réaliser un SRADDET.