Des résidus de pesticides toxiques dans l’eau du robinet

Le 17 juin 2020 par Stéphanie Senet
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Au menu: des résidus de pesticides cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques et perturbateurs endocriniens
Au menu: des résidus de pesticides cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques et perturbateurs endocriniens

Dans un rapport publié ce 17 juin, l’association Générations futures alerte sur la présence de pesticides cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) et perturbateurs endocriniens (PE) dans l’eau portable.

Après les cours d’eau, l’air et l’alimentation, l’ONG s’est penchée sur les résidus de pesticides CMR[1] et PE[2] détectés dans l’eau potable, en analysant les données 2019 publiées par le ministère de la santé sur le site data.gouv.fr[3]. Résultat : 35,6% des prélèvements[4] réalisés par les pouvoirs publics ont révélé la présence d’au moins un pesticide au-delà des limites, selon le rapport Exppert 12.

Des données non harmonisées

Un chiffre à prendre avec beaucoup de pincettes compte-tenu de l’absence de méthodologie d’analyse harmonisée sur le territoire national. «Dans l’Aisne, on recherche seulement 11 pesticides, contre 151 dans l’Oise. Les résultats ont révélé logiquement 9 résidus dans l’eau de l’Aisne contre 252 dans l’Oise alors que les activités agricoles y sont similaires. Moins on teste et moins on en retrouve», explique François Veillerette, président de Générations futures, lors d’une conférence de presse.

TOP 5 des molécules

L’intérêt de cette étude réside surtout dans l’identification des molécules (métabolites compris) présentes dans les prélèvements. Les 5 substances revenant le plus souvent au niveau national sont ainsi des CMR ou des PE : le métolachlore (PE), le métazachlore (Carc 2), l’anthraquinone (Carc AB), la simazine (Carc 2) et l’atrazine (PE). Sur l’ensemble des 105 molécules détectées dans les prélèvements, les PE plus fréquents (49%) que les CMR (25%). Par ailleurs, le métolachlore est interdit en France depuis 2003 et la simazine dans l’UE depuis 2004, signe de leur persistance dans les nappes souterraines pendant des années.

Au total, parmi les 10 molécules les plus présentes, 7 sont interdites depuis les années 2000 et la plupart sont des herbicides.

Exposition de longue durée

Difficile toutefois d’en déduire des risques sanitaires précis. Générations futures saisit toutefois l’occasion pour réclamer, une fois encore, la réduction effective de l’usage des pesticides après l’échec des plans Ecophyto successifs. «Ce n’est pas tant la dose que la durée d’exposition aux perturbateurs endocriniens qui a des impacts sur la santé», rappelle François Veillerette, qui juge préoccupants les résultats de cette nouvelle étude. Pour l’eau du robinet, l’exposition est logiquement de longue durée: tous les jours, pendant de nombreuses années… Autre risque : des chercheurs craignent des effets cocktail en présence de plusieurs substances.

De son côté, le ministère de la santé se veut rassurant. «La quasi-totalité des situations de dépassement de la limite de qualité en 2018 ont été limitées en concentration et/ou dans le temps, ne nécessitant pas une restriction de l’usage de l’eau du robinet pour la boisson», affirme-t-il.

Un signe d’espoir: l’UE vient officiellement de se prononcer en faveur d’une réduction de moitié des pesticides en 2030 dans le cadre de sa stratégie Farm to Fork publiée le 20 mai. Reste à la doter des moyens nécessaires pour y parvenir, notamment par une évolution importante du système d’attribution des aides de la Pac. Au risque de reproduire le scénario Ecophyto.

 



[1] CMR 1A, AB ou 2 de la base de données de l’UE

[2] 1.700 substances de la base de données TEDX

[3] Extraites de la base de données SISE-Eaux d’alimentation

[4] Suivis de la recherche d’au moins un pesticide