Des parlementaires proposent de réhabiliter l’étang de Berre

Le 23 septembre 2020 par Stéphanie Senet
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La plus grande lagune de France est soumise à de nombreuses pressions
La plus grande lagune de France est soumise à de nombreuses pressions

Dans un rapport publié ce 23 septembre, une mission parlementaire propose 20 mesures pour réhabiliter l’état écologique de l’étang de Berre. Dont la réduction des rejets d’eau douce, de limons, d’azote et de phosphore.

Des eaux de bonne qualité au plan sanitaire mais un désert écologique. C’est tout le paradoxe de l’étang de Berre, la plus grande lagune de France, qui s’étend sur 15.500 hectares, à moins de trente kilomètres de Marseille. Dès 1985, l’Ifremer avait pointé du doigt les rejets d’eau douce trop importants et trop irréguliers de la centrale hydroélectrique d’EDF, ouverte à Saint-Chamas en 1966, qui ont fait baisser la salinité des eaux et rendu son état écologique instable. L’institut avait précisé que l’expansion économique de la région était plus globalement responsable de la hausse de la pollution industrielle et urbaine de l’étang. 300.000 personnes vivent aujourd’hui autour.

Stratification des eaux

Depuis, la situation ne s’est pas améliorée. Si les rejets autorisés d’eau douce et de limons de la centrale ont été fortement limités, la pollution historique a provoqué une stratification des eaux. Résultat : l’eau salée, plus lourde, plonge en profondeur, et la vie biologique a disparu sur la moitié des fonds de l’étang. Par ailleurs la lagune a connu une crise d’anoxie, en 2018, à cause de températures élevées et d’une absence de vent, qui a provoqué une disparition de la majeure partie de la faune et la flore.

Moins d’eau douce, plus d’eau salée

La mission parlementaire, qui vise à rétablir un bon état écologique des eaux d’ici à 2027, comme l’exige l’Union européenne, a élaboré un scénario en 20 mesures. La première consiste à réduire, de nouveau, les rejets autorisés de la centrale de Saint-Chamas d’environ 50%, avec instauration d’un comité de suivi. Ces rejets s’élèvent aujourd’hui à 1,2 milliard de mètres cube d’eau douce et 60.000 tonnes de limons par an. Pas question pour autant de fermer l’installation mais de construire un canal de dérivation des eaux, dont le coût a été estimé à 1 Md€ en 2000. Autre possibilité : étudier la faisabilité de sa transformation en station de transfert de l’énergie par pompage.

Moins de nutriments, plus de zostères

Deuxième idée phare : rouvrir le canal du Rove, fortement pollué aux PCB, afin de relier l’étang au port de Marseille et d’apporter de l’eau salée. Un projet estimé à 16 M€ en 2016. Les parlementaires suggèrent aussi de plafonner les rejets de phosphore et d’azote dans l’étang en accompagnant la conversion des agriculteurs au bio et de réimplanter des zostères (herbiers favorisant la reproduction des poissons et des coquillages) dans les fonds, à hauteur de 1.500 ha en 2035. Ils s’étendaient sur 6.000 ha au début du XXe siècle. Il n’en reste plus que 18 en 2017.