Deepwater Horizon: une marée noire sous-estimée

Le 14 février 2020 par Romain Loury
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La marée noire était plus importante que prévu.
La marée noire était plus importante que prévu.
US Coast Guard

La marée noire causée par l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon, survenue en avril 2010, aurait été plus dévastatrice qu’estimé jusqu’alors, selon une étude publiée mercredi 12 février dans la revue Science Advances. En cause, le fait que les satellites sont incapables de détecter l’huile en-deçà de certaines concentrations, pourtant toxiques.

C’est la plus grande marée noire qu’aient connue les Etats-Unis: le 20 avril 2010, l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, exploitée par BP, entraînait la fuite d’environ 795 millions de litres de pétrole dans le golfe du Mexique, couvrant 149.000 km2.

Or cette surface, estimée par satellite, pourrait avoir été sous-estimée, révèlent Igal Berenshtein, océanologue à l’université de Miami, et ses collègues. Selon les chercheurs, l’étendue totale de la marée noire aurait été jusqu’à 30% plus élevée, couvrant jusqu’aux côtes du Texas et de la Floride occidentale. Ce que semblaient déjà confirmer plusieurs observations, avec des hydrocarbures retrouvés sur ces côtes ainsi que dans le foie de poissons.

Une toxicité invisible par satellite

Selon les chercheurs, cette sous-estimation proviendrait du fait que la méthode satellitaire ne parvient pas à détecter les hydrocarbures en-dessous d’un certain seuil de concentration. De plus, ceux-ci peuvent être acheminés en profondeur, et y dériver selon des courants très différents de ceux présents en surface.

Un autre phénomène pourrait avoir été négligé: la toxicité des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sur les organismes marins (poissons, invertébrés, plantes) est accrue d’un facteur 100 en présence d’ultraviolets.

impacts revus à la hausse

Etudiant ces courants de profondeur, s’aidant d’observations in situ et tenant compte de cette phototoxicité, les chercheurs revoient donc nettement à la hausse l’impact de cette catastrophe écologique, un phénomène qui pourrait s’appliquer à d’autres marées noires.

Selon Claire Paris, co-auteure de l’étude, «nos résultats remettent en question l’évaluation des conséquences des marées noires, en montrant que de l’huile toxique et invisible peut se propager au-delà de l’empreinte satellitaire, à des concentrations potentiellement mortelles ou sub-létales pour de nombreuses espèces vivant dans le golfe du Mexique».