Cigeo: l’Ae pas convaincue par le dossier de l’Andra

Le 18 janvier 2021 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'Andra devra revoir son dossier, estime l'Autorité environnementale.
L'Andra devra revoir son dossier, estime l'Autorité environnementale.
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L’Autorité environnementale a passé au crible l’étude d’impact du futur centre de stockage de déchets radioactifs à haute activité et à vie longue (Cigéo) que l’Andra prévoit de creuser dans l’argile de la Meuse et de la Haute-Marne. Aussi didactique et bien illustré soit-il, le dossier n’a pas convaincu les experts du Conseil général de l’environnement et du développement durable.

C’est peu de dire que les dossiers de présentation du projet Cigeo concoctés par l’agence nationale de gestion des déchets nucléaires (Andra) ne trouvent pas systématiquement grâce aux yeux des régulateurs.

En juillet 2017, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) tiquait sur la gestion du risque incendie des colis bitumés devant être enfouis par 500 mètres sous terre. Quelques mois plus tard, c’était du tour de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de demander à l’Andra de préciser son projet. Le gendarme du nucléaire tricolore se montrait notamment curieux de savoir comment l’industriel pouvait adapter son projet à une évolution de la politique énergétique. La question des colis bitumés intéressait aussi l’ASN.

que stockera-t-on, finalement?

Toutes ces questions sont également soulevées par l’Autorité environnementale (Ae). Dans l’avis qu’elle publie sur le projet de centre de stockage géologique de déchets nucléaire à haute activité et à vie longue (HAVL), l’Ae rappelle que les déchets qui seront effectivement stockés dans l’argile de Bure ne sont pas tous encore connus. «Pour la complète information du public, mais aussi pour la quantification du risque dans la durée, il serait utile de présenter l’évolution de la dangerosité du stockage souterrain, par exemple, par un indicateur de type activité globale et son évolution dans le temps.» L’Ae demande aussi plusieurs scénarios «plausibles et contrastés» du gisement de déchets pouvant être stockés dans Cigéo.

Un stockage qui réchauffe le climat. Si l’énergie nucléaire est réputée ne pas renforcer l’effet de serre, le stockage géologique de ses déchets, lui, contribue au réchauffement de la planète. Selon l’Andra le creusement et l’exploitation du Cigéo émettront 11 millions de tonnes de gaz à effet de serre. Certes, pendant un siècle.

Autre demande de l’Ae: inclure dans l’analyse des impacts et des mesures environnementales les activités de traitement, de conditionnement et de transport des déchets depuis les sites des producteurs (EDF, CEA, Orano).

des risques pour la nappe?

Les experts de l’Ae s’inquiètent aussi de possibles risques de contamination radioactive de la nappe phréatique de l’Oxfordien. Une nappe pourtant classée par le BRGM comme une ressource «d’ultime secours», à protéger. L’Andra est invitée à «réévaluer l’enjeu que constitue la nappe de l’Oxfordien».

L’alimentation en déchets et en électricité de la structure souterraine sera assurée par une ligne de fret ferroviaire et une ligne électrique très haute tension (400 kV). La construction de ces deux infrastructures empiètera sur des zones humides (196 hectares pour la voie ferrée) et forestières. L’Ae se demande s’il n’y a pas moyen de déplacer ces tracés «afin de prendre en compte à un niveau approprié les enjeux relatifs aux zones humides et aux corridors de biodiversité dans le choix de la solution retenue pour l’implantation des installations de surface du centre de stockage.»

Et à propos de stockage, l’Ae ne semble pas totalement convaincue des vertus de l’argile du Callovo-Oxfordien de Bure. Aussi, ses experts demandent un paragonnage «des différents types de stockage pour pouvoir démontrer que le choix de la couche d’argilite du Callovo-oxfordien est bien le plus adapté pour engager aujourd’hui l’avenir sur plusieurs millénaires.»

peupler ou dépeupler?

L’Ae s’interroge aussi sur les politiques de développement territorial autour du site de Bure. Aux propositions actuelles de profiter de al création d’emplois induites par la construction et l’exploitation du site[1] pour densifier la population locale, les rapporteurs proposent d’étudier un scénario alternatif consistant «à ne pas développer démographiquement le territoire potentiellement exposé aux risques sanitaires, certes très limités à court terme, mais de plus en plus incertains avec le temps.» D’autant, souligne l’Ae, que l’Andra n’a pas présenté dans son étude d’impact, de scénario d’exploitation en mode dégradé. Et l’Ae de s’étonner de ne pas trouver dans le dossier de l’Andra d’analyse des accidents pour les travaux et stockages souterrains de Cigéo.

perte de recharge

Comme souvent dans des projets d’infrastructure majeure, le chapitre des mesures «éviter, réduire, compenser» (ERC) est insuffisant. L’Ae remarquen par exemple, que rien n’est prévu par l’Andra pour compenser la perte de recharge en eaux pluviales des nappes qu’induirait l’imperméabilisation des installations industrielles situées à la surface. Etant entendu que 100 hectares bétonnés représentent à manque à gagner annuel de 1 million de m3 pour les eaux souterraines. L’Ae demande, en outre, que les propositions de quotas de compensation formulées par l’Andra soient validées par un conseil scientifique indépendant.



[1] La construction devrait créer 2.000 emplois. En fonctionnement, 370 postes sont prévus à l’Andra et 600 emplois chez ses sous-traitants.