Décarbonation : l’Allemagne se dote de gros moyens

Le 01 septembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Peter Altmaier donne un coup de fouet à la décarbonation de l'industrie allemande.
Peter Altmaier donne un coup de fouet à la décarbonation de l'industrie allemande.
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Avec plusieurs émissions d’obligations vertes et la fixation de nouveaux (et ambitieux) objectifs de production d’énergies renouvelables, Berlin s’engage à marche forcée dans la transition énergétique et industrielle.

L’Allemagne aura mis le temps. Mais elle ne fera pas les choses à moitié. Dans les prochains jours, Berlin entend réaliser sa première émission d’obligations vertes (Green Bonds). Selon une note publiée, le 24 août, par l’agence fédérale du Trésor, l’Allemagne espère collecter, dans un premier temps, 6 milliards d’euros.

D’autres émissions sont prévues d’ici à la fin de l’année. Rien que cette année, Berlin pourrait ainsi emprunter entre 8 et 12 milliards d’euros : mieux que les 6 milliards levés par les Pays-Bas, en 2019, et les 7 milliards mis sur le marché par la France en 2017. La maturité de ces Green Bonds sera de 10 ans. Mais des durées de 2, 5, voire 30 ans sont évoquées par les autorités allemande pour les prochaines salves. Ces obligations devraient rapidement s’écouler: l’Allemagne bénéficiant de la meilleure notation financière au sein de l’Eurozone.

5 types d'investissements

Les investisseurs financeront 5 types de projets: transports propres (bornes de recharge de véhicules électriques et développement du vélo), coopération internationale (production d’hydrogène décentralisée ?), recherche, décarbonation de la production d’énergie et de l’industrie, agriculture et sylviculture. Sans oublier la protection des paysages.

Des secteurs auxquels Berlin entend consacrer plus de 12 milliards d’euros cette année. Et ça n’est qu’un début. «A partir de maintenant, le gouvernement allemand émettra, chaque année, des obligations vertes», confirme Jörg Kukies, secrétaire d’Etat auprès du ministre fédéral des finances.

nouveaux objectifs renouvelables

Et à écouter le ministre fédéral de l’économie et de l’énergie, on entrevoit les importants besoins de financement de l’industrie allemande. Dans un entretien accordé en début de semaine au Tageszeitung, Peter Altermaier annonce notamment les nouveaux objectifs nationaux en matière de production d’électricité renouvelable en 2030: 100 GWc de photovoltaïque, 71 GW d’éolien terrestre, 40 GW d’éolien marin. A titre de comparaison, la PPE française prévoit, pour 2028, 34,7 GW de capacités éoliennes terrestres, 6,2 GW d’éolien marin et de 35 et 44 GWc de photovoltaïque. Les deux pays ne boxent décidément pas dans la même catégorie.

En cours de rédaction et devant être adoptée avant la fin de l'année, la prochaine loi sur les énergies renouvelables (EEG 2021) imposera aux électriciens de produire 65% d’électricité à partir de sources «vertes» au début de la décennie prochaine (contre 50 % aujourd’hui).

un impératif de compétitivité

Pour «préserver la compétitivité de l’industrie allemande», le ministre conservateur annonce clairement que toute l’électricité produite outre-Rhin devra être décarbonée en 2050. «Pour y parvenir, nous modifions les règles de compensation afin qu'il soit plus intéressant de construire des éoliennes même dans des endroits moins ventés, par exemple dans le sud de l'Allemagne», explique-t-il. Des quotas d'installation (entre 15 et 20% des puissances installées) dans le sud du pays pourraient être imposés. Ce qui réduira les coûts de développement des réseaux de transport d’électricité. 

possible sortie accélérée du charbon

Autre annonce de l’ancien ministre de l’environnement: l’accélération prévisible de la sortie du charbon. «Il existe des dynamiques de marché possibles qui accélèrent ce processus. Même avant le Corona, le flux de charbon a fortement diminué. [...] Si le marché nous oblige à une sortie plus rapide [que 2038, ndlr], nous ne nous y opposerons pas», souligne le ministre chrétien-démocrate (CDU).

Histoire d’être totalement tendance, Berlin prévoit toujours de consacrer 9 milliards d’euros au développement de l’hydrogène d’ici à 2030. Un gaz qui servira en priorité à décarboner l’industrie lourde et les chemins de fer.