Décarbonation du fret maritime : la France voulait plus

Le 02 novembre 2020 par Victor Miget
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Un retour d'expérience débutera le 1er janvier 2023 afin de calculer plus précisément les émissions des navires.
Un retour d'expérience débutera le 1er janvier 2023 afin de calculer plus précisément les émissions des navires.

La semaine dernière, l'Organisation maritime internationale (OMI) a proposé de réduire l'intensité en carbone des navires. Insuffisant aux yeux de la délégation française, explique Nelly Grassin responsable Affaires techniques, sécurité, sûreté & environnement d’Armateurs de France.

 

Quel rôle joue Armateurs de France lors des réunions de ‘l’OMI?

Nous participons à ces réunions au sein de la délégation française. Habituellement, nous avons la chance de pouvoir entrer dans l’enceinte de l’OMI et de participer activement aux débats, en apportant notre expertise sur certains sujets. La visioconférence a moins permis cela. Heureusement nous entretenons des échanges très réguliers avec la représentation permanente et sommes fréquemment consultés pour notre expertise et nos retours d’expérience.

Sur quelles mesures les Etats se sont-ils accordés?

Les participants ne se sont accordés que sur des principes. Il va encore falloir adopter et définir des guides et des lignes de références. Ce qui sera décidé lors des prochaines réunions. La  première mesure concerne le système de certification de l’efficacité énergétique (EEXI) qui a été proposé par le Japon. Actuellement il existe un indice d’efficacité énergétique pour les navires neufs uniquement. Désormais, EEXI permettrait de l’appliquer aux navires existants. Ces navires devront être équipés de batteries, passer au gaz naturel liquéfié (GNL) ou limiter la puissance de leurs moteurs. C’est une mesure technique. Les bâtiments qui auront installé ces équipements bénéficieront d’une certification et rempliront leurs objectifs en théorie. Mais l’administration française est vigilante car c’est un peu un système de pré-certification, dans le sens où un navire peut déclarer une voile et ne pas la déployer lorsqu’il est en mer.

Oui, il est important d’avoir un système de mesure annuelle de l’intensité carbone des navires (CII)[i]. la seconde mesure vise d’ailleurs à ce que tous les navires mesurent leur intensité carbone, et nous verrons comment les contrôles seront opérés. En effet, les navires sont soumis à de multiples facteurs sur lesquels nous n’avons que peu de prise, comme les conditions météo et les décisions des chargeurs qui peuvent largement impacter les émissions. Le retour d’expérience devrait débuter au 1er janvier 2023.

Les ONG déplorent le manque de sanctions en cas de non-conformité des navires.

La position française était alignée là-dessus et nous également. Nous partageons l’avis de notre ministère de tutelle (de la Mer NDLR). Nous reconnaissons l’avancée de l’ONU dans ces négociations qui ont été difficiles. La délégation française a travaillé d’arrache-pied pour avoir un niveau d’ambition le plus élevé possible. Malheureusement, il y a beaucoup d’intérêts divergents, le contexte de la Covid-19 n’arrangeant rien. Mais c’est une première avancée. La France, comme d’autres pays de la Shipping High Ambitions coalition, ont beaucoup œuvré pour essayer d’intégrer des mesures coercitives comme le retrait du DOC, un document permettant de naviguer, qui serait retiré lorsqu’un navire n’est pas suffisamment efficient. Malheureusement d’autres pays ont refusé. Il faut s’assurer que tous les navires s’engagent, pour éviter les distorsions de concurrence et remplir nos objectifs de réduction de CO2.

Les propositions devraient être validées lors de la prochaine session du MEPC 76, prévue en 2021. Faut-il s’attendre d’ici là, à un durcissement de ces mesures ?         

Difficile à dire. Les pays de l’Union européenne demanderont sans doute un durcissement. Mais les jeux de pouvoir sont forts au sein de l’OMI. Armateurs de France espère que nous n’irons pas en dessous de ces exigences. 

 



[i] Un Classement annuel des bâtiments en fonction de leurs performances réelles qui a été adopté. Les bateaux catégorisés A auront une faible intensité carbone, contrairement à ceux classés E (forte intensité carbone).