De plus en plus, le méthane a une gueule d’atmosphère

Le 15 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'exploitation du gaz naturel est une source importante d'émission de méthane.
L'exploitation du gaz naturel est une source importante d'émission de méthane.
NAM

La concentration de méthane, puissant gaz à effet de serre, ne cesse d'augmenter. La faute à l'exploitation des hydrocarbures et à l'expansion de l'élevage et de la riziculture. Si cette tendance devait durer, le réchauffement climatique pourrait être accéléré.

Lorsqu’on parle de changement climatique, les regards se tournent immédiatement vers le gaz carbonique. Trop souvent, on oublie le méthane (CH4), pourtant second contributeur au réchauffement derrière le CO2[1]. Or, les émissions de ce principal composant du gaz naturel ne cessent de s’accroître, témoigne le dernier bilan mondial, publié ce 15 juillet par le Global Carbon Project GCP). En 2018, l’atmosphère contenait, en moyenne, 1.857 parties par milliard (ppb) de méthane : 2,6 fois plus qu’en 1750.

Entre la période de stagnation de la concentration de méthane dans l’air (2000-2006) et 2017, les émissions mondiales ont augmenté de 9%, résument les chercheurs. Ce qui correspond à un surplus d’émission de l’ordre de 50 millions de tonnes (Mt) de CH4 par an.

Forte accélération

Sur une plus longue échelle de temps, l’accélération est encore plus sidérante. «Entre 1999 et 2006, la concentration de méthane dans l’atmosphère augmentait en moyenne de 0,6 ppb par an, souligne Marielle Saunois (LSCE-IPSL), autrice principale de l’étude. Depuis la fin de la période de stabilisation, l’augmentation moyenne atteint les 6 ppb/an.» Et cela s’accélère. En 2017 et 2018, les taux de croissance sont estimés entre 8,5 et 10,7 ppb/an: les plus élevés mesurés depuis le début du siècle! Cette tendance correspond aux scénarios du 6e rapport du Giec — qui sera publié en 2021 — annonçant un réchauffement d’environ 2°C à l’horizon de 2050 (SSP 4-3,4).

imprécision des mesures

Comment expliquer pareil phénomène, alors que les mesures de méthane pêchent souvent par leur imprécision? Même si cette valeur reste discutée, les scientifiques attribuent 60% des émissions de méthane à l’élevage, l’exploitation des hydrocarbures, la gestion des déchets, aux mines de charbon, à la riziculture, à la combustion de la biomasse, aux transports et à l’industrie.

Les autres 40% résultent de l’activité biologique des zones humides, des lacs, des termitières. Sans oublier les rejets directs, via la fonte des hydrates de méthane. Des sources dont il est difficile de suivre les émissions (souvent variables) avec précision.

L'Europe, meilleure élève

Les observations, par satellites notamment, montrent que les émissions progressent sensiblement dans les zones tropicales d’Afrique, de Chine et d’Asie, «avec chacune une augmentation de 10-15 Mt.» En Afrique et en Asie (hors Chine), ce sont l’agriculture et la mauvaise gestion des déchets qui sont pointées du doigt par les chercheurs. En Chine et aux Etats-Unis, l’extraction du charbon et des hydrocarbures non conventionnels sont jugés responsables de la méthanisation accélérée.

A contrario, l’amélioration de la gestion des déchets en Europe (destruction ou valorisation du biogaz de décharge, par exemple) explique une baisse de 2 à 4 Mt/an de la contribution européenne. Le vieux monde est d’ailleurs la seule région du monde à voir baisser ses émissions méthaniques. Un exemple à suivre.



[1] Le méthane est responsable de 23% du renforcement de l’effet de serre, contre 65% pour le CO2.