De la naissance du JDLE à son effacement: chronique d’une prise de conscience annoncée

Le 29 janvier 2021 par Bettina Laville
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La crise climatique expliquée en 8 lignes.
La crise climatique expliquée en 8 lignes.
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Reconstruire l’humanisme, cela vaut bien un nouveau média environnemental, suggère Bettina Laville, fondatrice et présidente du Comité 21.

Ceux qui étaient conscients des menaces sur la vie de la biosphère , au moins depuis la conférence de Rio, trouvent que c’est très long…C’est vrai, et cela a pu désespérer de voir le temps filer sans que les ( pourtant nombreuses ) décisions soient suivies d’effet dans l’action ; voir les courbes monter inexorablement ; voir les échéances repousser, tous les 10 ans, avec la tentation politique de choisir les calendes grecques comme  meilleure ligne d’horizon ; voir enfin les sécheresses, les incendies, les ouragans, et enfin la pandémie être là , tout en entendant encore la voix des sceptiques, ou des aveugles, ou , presque plus grave, ceux qui disent qu’ils ne veulent rien sacrifier pour les générations futures, chacun chez soi, et chacun dans sa période.

Maladaptation aux événements créés

Il y a une autre manière de voir les choses : 40 ans (je prends l’écart entre la conférence de Stockholm et aujourd’hui) c’est court , comparé aux presque 4.000 années d’histoire des  civilisation, pour changer le moteur de l’espèce humaine, soit la conquête, l’appropriation, habillées sous le nom de progrès. Et nous sommes prisonniers, et victimes, avant d’en être coupables, de cette maladaptation à une tranformation autant psychique qu’économique, voire métaphysique de l’accélération des événements que nous avons certes provoqués, mais dont la vitesse est finalement inimaginable.

Trop faible concept

C’est  pourquoi le travail de prise de conscience va beaucoup plus loin que la simple information. Il a nourri les prémices de l’action, qui aujourd’hui frémit (seulement). Il a balayé, en 5 ans, les conférences climatiques, l’échec de Copenhague, la timide réussite de l’Accord de Paris, les chemins escarpés des rendez -vous de la biodiversité, l’essoufflement des OMD, l’espoIr des ODD, l’enchainement des lois sur les transitions énergétiques (6 quand même ...) et la construction chaotique de la citoyenneté écologique, à tous les niveaux. A peine connu  dans le grand public, le concept de développement durable parait trop faible à beaucoup, sans pour autant qu’il soit remplacé, car les tensions qu’il propose de dépasser restent fortes.

Le Phénix du 21ème siècle

Alors, dans cette tâche sans fin, le Journal de l’Environnement (JDLE) va nous manquer. Mais, comme le développement durable, Phénix du 21ème siècle, il trouvera, je l’espère une voie nouvelle; car au-delà de la prise de conscience, il va falloir aujourd’hui contenir l’effroi, qui alimente déjà, sournoisement ou  brutalement l’imaginaire devant notre avenir. Où atterrir, où suis-je, s’interroge Bruno Latour dans ses derniers livres. C’est la bonne question, retisser l’identité humaine comme élément d’une biosphère menacée…

La voilà, ma suggestion, reconstruire l’humanisme, cela doit bien valoir un nouveau magazine … Merci, le JDLE.