Dans les Landes, les pins deviendront plus vulnérables aux tempêtes

Le 20 octobre 2020 par Romain Loury
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Les pins, menacés en hiver et en été
Les pins, menacés en hiver et en été

La teneur des sols en eau est un facteur crucial de résistance au vent. Avec des précipitations hivernales en hausse, les tempêtes pourraient engendrer des dégâts plus massifs dans les forêts landaises, révèle une étude française publiée dans la revue Forest Ecology and Management.

L’ancrage des arbres dans le sol, et donc leur résistance aux tempêtes, dépend certes du type de sol, de l’espèce d’arbre  et de leur âge, mais pas seulement. Dans leur étude, Pauline Défossez, de l’unité mixte de recherche «Interactions sol plante atmosphère» (ISPA)[i] à Bordeaux, et ses collègues démontrent que la teneur des sols en eau est également un facteur crucial.

Les scientifiques ont testé la résistance de 12 pins des Landes (Pinus pinaster) à des tractions croissantes allant jusqu’à leur déracinement, dans des conditions différentes de teneurs des sols en eau. Ils ont analysé la répartition spatiale des racines, notamment par rapport à la direction du vent. Par modélisation, ils ont ensuite confronté ces données à diverses conditions de teneur en eau des sols.

La résistance chute à saturation du sol

L’étude révèle que la saturation complète du sol entraîne une chute rapide de la résistance de l’arbre au déracinement. Avant d’avoir atteint ce maximum, la stabilité de l’arbre ne semble pas significativement altérée: «ceci est dû aux spécificités des sols sableux, dont les forces de cohésion sont principalement liées au phénomène de capillarité entre les grains de sable», explique l’Inrae.

A saturation du sol, les grains de sable «sont séparés par un film d’eau continu», ce qui rend le milieu quasi-liquide, explique Pauline Défossez, contactée par le JDLE. «C’est un comportement qui est très particulier aux sols sableux. Les sols argileux n’ont pas cette particularité, ils deviennent progressivement plus mous», ajoute la chercheuse.

Un phénomène voué à devenir plus fréquent

L’eau s’infiltrant rapidement en profondeur dans les milieux sableux, cette saturation totale est un phénomène transitoire, ne survenant que lors de pluies intenses et lorsque la nappe phréatique est haute. Selon Pauline Défossez, experte du massif landais, ce phénomène survient «quelques jours par an», mais pourrait devenir bien plus fréquent à l’avenir.

«Avec le changement climatique, les précipitations hivernales vont devenir plus importantes sur l’Europe de l’ouest. Mais il y aura aussi une hausse des évènements extrêmes, avec des précipitations très fortes accompagnées de tempêtes plus violentes», ce qui devrait ainsi favoriser les déracinements, ajoute Pauline Défossez.

Peut-on prévenir ce risque accru? Pour la chercheuse, il est possible de mieux réguler la hauteur de la nappe phréatique, notamment en entretenant les fossés. Au risque, toutefois, de réduire l’accès des forêts à l’eau en été, et ce alors que les sécheresses estivales sont vouées à devenir plus fortes et plus fréquentes. Face aux menaces multiples qui guettent les forêts, landaises ou autres, «les scientifiques doivent se coordonner pour trouver des solutions qui ne seront pas délétères vis-à-vis d’autres risques», estime Pauline Défossez.



[i] Inrae/Bordeaux Sciences Agro