Covid-19: une maladie plus sévère en présence de PFAS

Le 10 décembre 2020 par Romain Loury
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L'Efsa a abaissé la DHT des PFAS
L'Efsa a abaissé la DHT des PFAS

Les substances poly- ou perfluoroalkykées (PFAS) pourraient accroître la sévérité de la Covid-19, selon une étude présentée en prépublication sur le site MedRxiv. Problème, ces agents chimiques omniprésents sont aussi liés à une moindre réponse vaccinale.

Utilisées dans de nombreux produits du quotidien (poêles, textiles, matériel électronique, emballages alimentaires, etc.) comme antiadhésifs et anti-incendie, les PFAS font l’objet d’une attention croissante. Dans sa stratégie pour les produits chimiques publiée mi-octobre, la Commission européenne, pourtant jugée timorée sur le sujet, s’est même engagée à en interdire l’usage.

Perturbateurs endocriniens, les PFAS seraient notamment impliqués dans le risque d’infertilité des chez les couples et de malformation des spermatozoïdes, mais aussi dans le risque d’obésité et de décalage des menstruations. Ils imprègnent largement la population, comme l’ont révélé des données de la cohorte française ESTEBAN, et ce à des niveaux parfois très supérieurs à la dose hebdomadaire tolérable (DHT).

Le PFBA s’accumule dans les poumons

Or une étude menée par l’équipe de Philippe Grandjean, du département de santé-environnement de la Harvard School of Public Health (Boston, Massachusetts), suggère que les PFAS seraient aussi impliqués dans la sévérité de la Covid-19. Les chercheurs ont analysé 323 patients touchés par la maladie, analysant l’intensité des symptômes selon leur taux sanguin de cinq PFAS, ceux connus pour être immunotoxiques.

Parmi eux, seul le PFBA avait un effet notable: chez les patients les plus imprégnés par cet agent chimique, le risque de présenter une maladie sévère était multiplié par 2,19. Il était légèrement atténué, passant à +77%, lorsque l’équipe tenait compte de facteurs tels que l’âge, le sexe et le délai entre le dosage sanguin et la maladie.

Fait intriguant, le PFBA est le seul des cinq PFAS analysés à s’accumuler dans le poumon, lieu où sévit le coronavirus SRAS-CoV-2. «Au vu du faible niveau d’exposition des personnes évaluées dans cette étude, le rôle des PFAS dans la Covid-19 devrait être évaluée chez des populations plus fortement exposées», estiment les chercheurs.

Une soupe chimique qui favorise la Covid-19

A ce jour, les principaux agents chimiques associés à la sévérité de la Covid-19 étaient ceux présents dans l’air, en particulier les particules fines, qui pourraient accentuer les symptômes. En novembre, une étude, notamment menée par des chercheurs de l’Inserm, a suggéré, via une approche bio-informatique, le rôle de perturbateurs endocriniens dans la sévérité de la Covid-19. Plus largement, le Réseau environnement santé (RES) pointe le rôle de ces substances dans l’épidémie de maladies chroniques, dont l’obésité et le diabète, facteurs de vulnérabilité face à la maladie.

Tout aussi inquiétant, la nouvelle DHT fixée en septembre par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) repose sur une étude ayant montré une diminution de la réponse immunitaire à la vaccination, que l’organisme considère comme «l’effet le plus critique» parmi ceux analysés. Ce qui, au-delà des effets sur la sévérité de la maladie, pourrait laisser craindre une moindre efficacité des vaccins sur le point d’être commercialisés.