Covid-19 et canicule: l’été de tous les dangers

Le 14 mai 2020 par Romain Loury
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Les personnes âgées doublement à risque
Les personnes âgées doublement à risque
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Entre canicule et Covid-19, l’été risque d’être chaud pour les autorités sanitaires. Dans des recommandations publiées lundi 11 mai, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) préconise de ne pas négliger coups de chaud et déshydratation, au motif de lutter contre l’épidémie.

Si l’épidémie liée à Covid-19 ralentit fortement, du fait de mesures de prévention sans précédent, «il est peu probable que le Covid-19 disparaisse cet été», prévient le HCSP. Celui-ci ne semble toutefois pas croire à une ‘deuxième vague’ estivale, estimant probable que le nombre de cas continuera à diminuer, «d'autant plus que des mesures de distanciation physique et de restriction des déplacements seront maintenues et respectées».

Or ce maintien de la distanciation, et plus généralement l’accent mis par les autorités sanitaires sur la Covid-19, pourrait entrer en conflit avec un autre fléau de santé publique, celui de la canicule. Après les records de l’été 2019, le retour de chaleurs exceptionnelles semble fort possible cette année, bien partie pour être l’année la plus chaude jamais observée.

Un cocktail explosif

Facteur aggravant, ce sont les mêmes personnes qui sont, pour la Covid-19 comme pour la canicule, les plus vulnérables: les personnes âgées, ainsi que celles atteintes de comorbidités telles que maladies cardiovasculaire, maladies respiratoires, diabète, obésité, etc.

Dans son avis, le HCSP «rappelle la gravité sanitaire des épisodes de canicule et souhaite éviter une négligence ou une minoration de ces phénomènes en raison d’une prééminence des craintes vis à vis du Covid-19». «Il pourrait être observé une conjonction de la situation du risque épidémique Covid19, de canicule et des pics de pollution associés classiquement aux vagues de chaleur», prévient-il.

Pas de ventilation collective

Le Haut conseil réitère ses préconisations en cas de canicule, mais les adapte à la question de la Covid-19, notamment en prônant une climatisation avec «le filtre le plus performant sur le plan sanitaire». Quant à la ventilation, elle doit être réservée aux locaux où se trouve une seule personne, pas dans les «espaces collectifs de petit volume, clos, ou incomplètement ouverts», tels que salles de classe ou maisons de retraite, même avec port du masque.

L’accès aux douches publiques et fontaines doit certes être maintenue, mais en prenant toutes les précautions contre le virus: déclenchement des boutons pressoirs avec le coude, éventuellement après désinfection avec du gel hydroalcoolique, utilisation de récipients individuels. Quant aux lieux frais ou rafraîchis collectifs, leur accès doit cibler en premier lieu les personnes les plus à risque vis-à-vis de la chaleur, et éviter la surconcentration.

Les visites à domicile des personnes vulnérables par des professionnels ou des bénévoles, dont le plan canicule prévoit l’augmentation de la fréquence, ne doivent pas être remises en cause, mais doivent s’accompagner des précautions anti-Covid-19, tels que port du masque et distance physique, estime par ailleurs le HCSP.

L’Institut Pasteur revoit ses chiffres à la hausse. Dans une étude en prépublication présentée fin avril, des chercheurs de l’Institut Pasteur estimaient que le virus infecterait, lors du déconfinement au 11 mai, 1.300 personnes par jour (marge comprise entre 840 et 2.300). Or dans l’étude finale, publiée mercredi 13 mai dans Science, ces chiffres ont été revus à la hausse, de 3.900 infections par jour (entre 2.600 et 6.300) au 11 mai. Problème, c’est en partie sur la base du calcul initial que repose le plan du gouvernement, Edouard Philippe ayant même présenté le chiffre de 3.000 contaminations quotidiennes comme une condition du déconfinement. De même pour les tests, dont le chiffre de 700.000 par semaine, promis par le premier ministre, repose sur ce chiffre de 3.000. Toujours selon l’Institut Pasteur, 4,4% de la population française a été infectée par le virus (contre 5,7% dans le premier calcul), voire 9,9% en Ile-de-France et 9,1% en Grand-Est. Même affinés, ces chiffres sont très loin du seuil de l’immunité de groupe, estimé à 65%.