Coup dur pour l’industrie gazière européenne

Le 17 décembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'Europe consacrera moins d'argent au gaz.
L'Europe consacrera moins d'argent au gaz.
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Les infrastructures gazières ne devraient plus être éligibles à la catégorie des projets d’intérêt commun (PIC).

L’Union européenne semble bien décidée à alléger son bilan carbone. Et plusieurs indices convergent en ce sens.

Il y a, bien sûr, le Pacte vert, train de mesures en cours d’adoption, grâce auquel de nombreux secteurs d’activités pourront entamer leur décarbonation. Citons aussi l’adoption récente par les 27 d’un nouvel objectif de baisse d’émission de gaz à effet de serre: -55% entre 1990 et 2030. Evoquons aussi le règlement taxonomie qui aidera les investisseurs à distinguer (ce n’est pas toujours facile) les investissements «verts» des autres.

projets d’intérêt commun

Dernier facteur d’évolution en date: le sort réservé au gaz naturel dans le cadre de la révision du règlement sur le réseau transeuropéen d’énergie (RTE-E). Adopté en 2013, ce texte encadre notamment les investissements dans le domaine des grandes infrastructures énergétiques. Il fixe notamment les familles de projets éligibles à la catégorie des projets d’intérêt commun (PIC).

Gros contributeur au réchauffement Le méthane, dont le gaz naturel est le principal composant, est un puissant gaz à effet de serre. Selon le Giec, son pouvoir de réchauffement est 28 fois supérieur à celui du CO2 sur un siècle. 

Les PIC bénéficient de procédures simplifiées d'octroi des autorisations, d’évaluation environnementale plus rapide et de la possibilité de recevoir une assistance financière de l'Union au titre du mécanisme pour l'interconnexion en Europe. Bref, de sacrés coups de pouce pour faire avancer des projets complexes et coûteux.

une trentaine de projets

Jusqu’à présent, les infrastructures gazières étaient on ne peut plus éligibles au mécanismes du PIC. Etablie en 2019, la dernière liste comportaient une trentaine de projets d’interconnexions gazières (corridor nord-sud, notamment). Ce ne devrait plus être le cas.

Mardi 15 décembre, au cours d’une réunion avec les députés de la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie (Itre) du Parlement européen, la Commissaire à l’énergie a annoncé un changement de politique.

Kadri Simson a rappelé que les investissements énergétiques devraient porter en priorité sur les réseaux d’électricité. «Ils devront atteindre 50 milliards d’euros par an», a-t-elle ajouté. Le double du niveau actuel. L’hydrogène importe presqu’autant. Le vecteur énergétique aura besoin de 65 milliards d’ici à 2030 pour atteindre les objectifs de la stratégie communautaire.

biogaz et hydrogène

Reconnaissant que le gaz naturel couvre le quart de la demande d’énergie européenne, la commissaire estonienne a confirmé que l’hydrocarbure devait être remplacé par du biogaz et de l’hydrogène. En conséquence, la Commission propose d’exclure les infrastructures gazières classiques (gazoducs, compresseurs) de la prochaine mouture du règlement RTE-E. La même peine devrait frapper les oléoducs. Et puisque l’on évoque le sort des tuyaux, Kadri Simson a confirmé que la Commission souhaitait soutenir les projets de réseaux de transport de CO2. De quoi faciliter le stockage géologique du gaz carbonique industriel.