Convention climat : les experts dans … l’expectative

Le 24 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Elisabeth Borne ne tient pas le carnet de chèque gouvernemental.
Elisabeth Borne ne tient pas le carnet de chèque gouvernemental.
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Mauvaise nouvelle: les économistes de l’environnement peinent à évaluer les bénéfices climatiques des mesures préconisées. Bonne nouvelle: le montant du devis n’est pas très élevé.

 

Les polémistes et les journalistes s’étant exprimés sur les premiers résultats de la convention citoyenne pour le climat, place aux experts. Ce mercredi 24 juin, la fondation européenne pour le climat (FEC) avait réuni quelques spécialistes de l’économie du climat pour tenter d’évaluer les recommandations des 150.

Malgré les tentatives du JDLE d’établir le bilan carbone de ces neuf mois de gestation, nul ne s’aventure sur ce terrain mouvant. «Très difficile d’évaluer l’impact climatique de l’ensemble de ces mesures», avance Mathilde Dupré, co-directrice de l’institut Veblen. «C’est bien trop tôt pour tirer un premier bilan», renchérit Nicolas Berghmans, chercheur climat et énergie à l’institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). Fermons le ban du réchauffement.

n'oublions pas les co-bénéfices

Et ouvrons la discussion économique. Avant d’établir un premier bilan, Benoît Leguet rappelle que la mise en œuvre des préconisations des Conventionnels rapporterait beaucoup en terme de baisse de la pollution urbaine, d’évolution de l’économie vers le bas carbone. «Il y a beaucoup de co-bénéfices qu’il ne faudrait pas oublier», martèle le directeur général de l’Institut pour l’économie du carbone (I4CE). A elle seule, la pollution de l’air urbain coûte une cinquantaine de milliards d’euros par an aux systèmes de santé des 27.

Côté dépenses, I4CE estime à 13 milliards d’euros le montant annuel de nouvelles dépenses publiques pour financer les mesures ayant le plus d’effet : vaste plan de rénovation des logements, bonus revalorisé pour subventionner l’achat de véhicules «propres», investissements dans le ferroviaire. En son temps, la suppression de la taxe d’habitation avait causé un manque à gagner pour l’Etat évalué à 16 milliards d’euros par an.

pas besoin de Plan Marshall

Cette manne est à moitié déjà financée. Selon les calculs d’I4CE, la hausse de l’écotaxe sur les billets d’avion pourrait rapporter 2 à 3 milliards d’euros par an. Le rendement de la taxe sur les dividendes des grandes entreprises promet d’être un peu moins élevé : de l’ordre de 2 milliards d’euros. Le malus frappant les automobiles trop carbonées pourrait rapporter un milliard d’environs.

Au total, l’Etat devra donc trouver 6 milliards d’euros supplémentaires à ce qu’il consacre déjà à la transition énergétique. «Pas besoin d’un plan Marshall pour atteindre nos objectifs climatiques. Il suffit d’ajouter quelques milliards aux bons endroits», résume Benoît Leguet. Des milliards qui pourraient être apportés par l’Europe. Dans le cadre du plan de relance européen, la France pourrait recevoir 38 milliards d’euros. Sans compter les aides fournies par le fonds pour une transition juste.

«La question du fléchage des investissements est déterminante», insiste Sébastien Treyer, directeur de l’Iddri. Ce fléchage devrait être facilitée par la mise en œuvre prochaine du règlement européen sur la taxonomie, qui détermine, précisément les investissements «verts» ou bas carbone.

Si aucune décision n’est encore prise par l’exécutif, les discussions vont bon train. Le plan de relance de l’économie française doit être rendu public au mois de septembre. «On parle d’un investissement de l’ordre de plusieurs points de PIB[1] , indique Xavier Timbeau. Et on ne voit pas comment ce plan pourrait ne pas intégrer la transition environnementale», poursuit le directeur principal de l’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Reste à savoir si l’environnement sera la colonne vertébrale de ce programme ou sa canne blanche.



[1] Un point de PIB français représente 29 milliards d’euros.