Contournement Est de Rouen : une autoroute en bout de course ?

Le 22 décembre 2020 par Victor Miget
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Le centre-ville de Rouen est traversé par des camions.
Le centre-ville de Rouen est traversé par des camions.
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Le conseil municipal de Rouen a voté contre ce projet de contournement routier jeudi 17 décembre. Le rang des opposants grossit.

 

A Rouen, le projet de contournement Est de 41,5 km à 890 M€, censé rallier l’A28, l’A13 et l’A154, ne fait pas que des heureux. Un serpent de mer vieux de 40 ans dont certains aimeraient bien trancher la tête, en cette période de crise sanitaire et d’urgence climatique. Le Conseil municipal de la ville a voté symboliquement contre ce projet, refusant de verser un centime. Posant au passage la question de l’utilité d’un tel projet, coûteux, et qui à lui seul génèrerait pas moins de 50.000 tonnes de CO2 supplémentaires par an. «Il serait irresponsable de continuer à soutenir des projets issus du monde d'avant tel que le contournement Est de Rouen», avance la motion du groupe EELV-Générations approuvée à 46 voix pour et 9 contres.

Soutiens qui s’étiolent

Pourtant, le contournement paraît en bonne voie. Le Conseil d’Etat avait rejeté, en novembre dernier, pas moins de 13 recours de plusieurs communes contre le projet déclaré d’utilité publique en 2017. Mais les opposants au projet resserrent les rangs. Le 14 décembre dernier, lors du conseil métropolitain de Rouen, l’édile de la ville et président de la métropole Nicolas Mayer-Rossignol, au départ favorable au projet, a marqué son désaccord.

La raison d’un tel rétropédalage ? Le climat. «C'est une infrastructure du passé», a ajouté le vice-président EELV de la métropole, Jean-Michel Bérégovoy, lors du même conseil métropolitain. L’élu PCF Stéphane Barré a quant à lui remis en cause l’enveloppe de 66 millions d’euros que la métropole s’était engagée à verser dans le cadre de ce projet. Les opposants préfèreraient investir dans le développement des transports en commun, des modes de transport doux ou des infrastructures cyclables.

L’Etat prudent

Mais au sein de la métropole, le projet peut encore compter sur des soutiens. «Ce contournement est très attendu par les habitants et les entreprises», a tonné Laurent Bonnaterre élu de l'opposition, et président du groupe, Métropole des territoires.

La Région Normandie (centriste) a quant à elle confirmé son financement à hauteur de 157 M€. Tout comme le département de la Seine Maritime (22 M€). L’Etat lui, se montre plus prudent. Contributeur à hauteur de 245M€, il a fait savoir à l’AFP qu’il ne s’opposerait pas à la volonté locale. Et le débat aura bien lieu, a confirmé le président de la métropole. Premier acte ? Le préfet a demandé aux trois collectivités de «solliciter la confirmation par délibération avant fin février de leur engagement financier».

Les partisans peuvent d’ores et déjà compter sur le soutien de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de la métropole. Elle juge ce projet «écologique», car détournant des «milliers de camions» qui «n'ont d'autres solutions que de traverser le centre-ville de Rouen». D’après l’Association pour le contournement Est de Rouen, le projet est soutenu par pas moins de 2.800 entreprises représentant 80.000 emplois. La baisse de la circulation elle, diminuerait les émissions de dioxyde d’azote et de dioxyde de carbone de respectivement 13 et 7% dans le centre. Malgré les 50.000 tonnes de CO2 supplémentaires, le Conseil d’Etat avait d’ailleurs jugé que le projet avait «un impact net neutre voire positif en termes d’exposition des populations, compte tenu des bénéfices attendus de l’éloignement du trafic routier, notamment des poids lourds des zones densément peuplées». Pour certains, comme Laurent Bonnaterre, ce contournement est d’ailleurs un prérequis à la future ZFE[i].

Les écologistes eux, défendent plutôt un contournement par l’ouest, qui emprunterait des infrastructures déjà existantes.



[i] À partir de janvier 2023, les véhicules Crit'Air 1,2,3 ne seront plus autorisés à circuler dans le périmètre de la ZFE.