Comment Veolia veut devenir le géant de la transition écologique

Le 31 août 2020 par Stéphanie Senet
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Le PDG de Veolia, Antoine Frérot, veut acquérir 29,9% des titres de Suez, actuellement détenus par Engie
Le PDG de Veolia, Antoine Frérot, veut acquérir 29,9% des titres de Suez, actuellement détenus par Engie

Le numéro un mondial des services à l’environnement a annoncé, le 30 août, sa volonté d’acquérir les actions de Suez détenues par Engie, pour un montant de 2,9 milliards d’euros. Avant d’engloutir totalement l’ancienne Lyonnaise des Eaux.

«Une évidence». «Un rapprochement naturel»… Le PDG de Veolia Antoine Frérot a convoqué le sens de l’histoire pour présenter son offre d’achat des actions de Suez détenues par Engie. "Il s'agit d'une opération d'acquisition qui n'oblige pas à lancer une offre publique d'achat (OPA) puisque Veolia, en visant 29,9% du capital de son principal concurrent, reste volontairement sous le seuil des 30%", note Alexis Marchand, associé en fusion-acquisition au cabinet Cornet Vincent Ségurel. Alors qu'Engie détient 32% du capital de Suez, Veolia propose, jusqu’au 30 septembre, de lui racheter l’action 15,50 euros, soit 50% de plus que son montant à la clôture le 30 juillet (12,24€). Ce qui valorise la part d’Engie à 2,9 Md€ et la totalité du groupe à près de 10 Md€.

L’entreprise post-crise

«J’ai l’intention de créer le groupe d’après pour le monde d’après», a expliqué Antoine Frérot. Lors de la présentation des résultats semestriels du groupe, fin juillet, il avait déclaré vouloir être «l’entreprise de référence de la transition écologique». Cela lui donnerait la taille nécessaire pour «financer les équipements pour les villes et les industriels mais aussi les efforts d’innovation et de R&D en matière de capture du carbone, de recyclage des plastiques encore impossibles à recycler ou l’extraction de matières rares des déchets électroniques». Le PDG de Veolia a par ailleurs assuré que l’opération n’aurait aucun impact négatif sur l’emploi.

Sous surveillance de l’Etat

L’offre a aussitôt été commentée par le ministre de l’économie Bruno Le Maire. «L’Etat, en qualité d’actionnaire de référence d’Engie (24% du capital mais 34% des droits de vote, ndlr), étudiera cette offre avec la gouvernance de l’entreprise et arrêtera sa position en fonction des intérêts patrimoniaux d’Engie, de la qualité du projet industriel, du maintien d’une pluralité d’acteurs sur les services aux collectivités locales et de la prise en compte des intérêts de toutes les parties prenantes. L’Etat sera vigilant aux engagements que prendra Veolia en termes de maintien de l’emploi en France et de conservation des actifs stratégiques pour la France», a-t-il insisté par voie de communiqué. Le groupe emploie 30.000 personnes en France et 90.000 au total dans le monde.

Convaincre les autorités de la concurrence

Pour éviter un blocage de l’Autorité de la concurrence et des services antitrust de la Commission européenne, Veolia pourrait céder l’activité Eau France de Suez au fonds français Meridiam. Créé en 2005, cette filiale de la Caisse des Dépôts s’est spécialisée dans le financement de projets d’infrastructures. Certains filiales spécialisées dans la gestion des déchets pourraient par ailleurs être cédées à d’autres entreprises, comme Derichebourg, Séché ou Paprec, selon Antoine Frérot qui se dit confiant pour conclure l’affaire dans 12 à 18 mois.

Suez, qui compte en son sein Degrémont, Sita et la Lyonnaise des eaux, s’avère bien implanté en Amérique latine, Moyen-Orient, Asie, Etats-Unis et Australie. Veolia est davantage tourné vers l’Europe du Nord, centrale et orientale.

Dont acte

Du côté de Suez, on prend acte. Le groupe précise sobrement que «la démarche de Veolia n’a pas été sollicitée et n’a fait l’objet d’aucune discussion avec Suez». L’offre sera toutefois examinée dans les plus brefs délais par le conseil d’administration.

Pas d’obstacle pour Engie

Du côté d’Engie, qui cherche à se débarrasser de sa branche environnement depuis une dizaine d’années, la démarche est encouragée à demi-mots. «La proposition d’Antoine Frérot va permettre de trouver une bonne solution. Le deal n’est pas fait mais il y a une vraie logique industrielle», explique au Monde une source interne. «Conserver 3 milliards dans une entreprise qu’on ne contrôle pas n’a pas d’intérêt pour un groupe industriel», avait déclaré à plusieurs reprises Isabelle Kocher, son ancienne directrice générale aujourd’hui membre du CA de Suez. Héritée de la fusion entre Suez et GDF (devenu Engie) en 2008, la présence d’Engie n’a pas imprimé sa marque sur Suez, convergeant seulement sur quelques activités comme l’économie circulaire et l’énergie bas carbone.

Deuxième essai

Ce n’est pas la première fois qu’un rapprochement est annoncé entre les deux mastodontes. Des discussions avaient déjà été lancées en 2012, mais avaient échoué à cause d’un probable refus des autorités de la concurrence lié au marché, très concentré entre les deux acteurs, en matière de distribution et d’assainissement de l’eau. En France, Veolia revendiquent 40% des parts de marché contre 20% pour Suez.

Si le rachat des titres d’Engie est effectué, Veolia compte ensuite lancer une offre publique d’achat sur le reste du groupe Suez, estimé à 10 milliards d’euros, auxquels il faut ajouter le montant de la dette. Si l’essai est bel et bien transformé, le nouveau groupe devrait totaliser un chiffre d’affaires annuel d’environ 40 milliards d’euros.