Comment Londres peut relever son ambition climatique

Le 09 décembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Le CCC préconise un usage massif du captage de CO2.
Le CCC préconise un usage massif du captage de CO2.
Climeworks

Pour que le Royaume-Uni atteigne la neutralité carbone en 2050, il devra réduire ses émissions de 78% entre 1990 et 2030, estime le Climate change Committee. Possible, à condition d’y mettre les moyens. Tous les moyens.

Boris Johnson a trouvé plus fort que lui. Le 3 décembre, le premier ministre britannique indiquait que le Royaume-Uni allait réduire ses émissions de gaz à effet de serre (Ges) de 68% entre 1990 et 2030. Aucun pays développé ne s’est fixé pareille ambition climatique. Ce n’est pourtant assez pour atteindre la neutralité carbone au milieu du siècle, estime le Climate change Committee (CCC), l’équivalent outre-Manche du Haut conseil français pour le climat (HCC)[1].

Ses experts ont planché sur le 6e budget carbone du royaume, qui encadre les émissions britanniques entre 2033 et 2037. Et leur conclusion est simple: la voie qui mène à la neutralité carbone passe nécessairement par un nouveau rehaussement de l’ambition climatique: abattre de 78% les rejets de Ges entre 1990 et 2035.

décarbonation rapide du transport routier

Aussi impressionnant soit-il, cet objectif n’est pas hors de portée, jurent les rapporteurs. Le CCC estiment que dès les premières années de la prochaine décennie, l’essentiel du parc automobile et de systèmes de chauffage pourrait carburer à l’électricité. L’administration Johnson a déjà annoncé son intention d’interdire la commercialisation de véhicules neufs à moteur thermique dès 2030. Les conseillers climat du gouvernement appellent à décarboner aussi le transport routier, par exemple en électrifiant ou en équipant les camions de piles à combustible.

En 2035, l’intégralité de la production d‘électricité sera décarbonée, indiquent les chercheurs. Dans tous les scénarios énergétiques, l’éolien marin demeure la colonne vertébrale du bouquet électrique britannique: de 65 à 140 GW de capacité installée, selon les moutures. Les coûts varient alors de 25 à 40 £/MWh (27 à 44 €/MWh). Bousculant une idée reçue, l’énergie solaire pourrait produire jusqu’à 15% du courant consommé en 2050.

une place pour le nucléaire

Le CCC laisse une place à l’énergie nucléaire. Une partie de la production des futurs réacteurs pourra être dédiée à la production d’hydrogène. Le vecteur énergétique étant notamment utilisé pour stocker une partie de l’énergie produite par les éoliennes en période de faible demande. La production d’électrons par des centrales à gaz et à biomasse n’est pas exclue: à condition que le CO2 soit capté et injecté dans des couches géologiques.

Pour réduire la consommation d’énergie des logements, le CCC mise sur une combinaison de solutions techniques et comportementales. Il préconise d’inciter les Britanniques à éteindre la lumière en quittant les pièces inoccupées, à baisser la température de l’eau chaude (à 50 °C), à préchauffer les maisons bien isolées avant les pics de consommation. En plus de multiplier les opérations de rénovation de l’habitat, les membres du CCC suggèrent de décarboner les systèmes de chauffage, via les pompes à chaleur ou des piles à combustible domestiques.

filtres à air

Réduire les émissions imputables à la production de déchets passera par la valorisation systématique du biogaz de décharge et de stations d’épuration des eaux usées. Les déchets putrescibles seront compostés dans des installations à aération forcée. Les résidus de traitement et les déchets non valorisables devront être incinérés dans des centres dotés de systèmes de cogénération.

Toutes les solutions techniques ne permettront pas de tout décarboner, concèdent les experts. Aussi, recommandent-ils de capter une part du CO2 résiduel, via des systèmes de captage-stockage du CO2 produit par la combustion de biomasse (BECCS). Autre possibilité, plus surprenante, le recours à des systèmes de filtration directe de l’air, tel celui mis au point par Climeworks, en Suisse.

L'agriculture n'est pas oubliée. Emetteur et porteur de solutions, le secteur primaire britannique devra être mis à contribution. Le CCC suggère de consacrer 260.000 hectares de grandes cultures au stockage de carbone dans le sol. En parallèle, 460.000 hectares de forêts nouvelles devront être plantées. Toujours d'ici à 2035.



[1] A noter d’ailleurs que la présidente du HCC français, Corinne Le Quéré, est aussi membre du CCC britannique.