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Comment la justice environnementale a coûté son poste à Mary Nichols

Le 15 décembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Mary Nichols ne sera probablement pas la prochaine patronne de l'US EPA.
Mary Nichols ne sera probablement pas la prochaine patronne de l'US EPA.
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La candidate de Joe Biden au poste de d'administratrice de l'EPA devra passer son tour. Des associations accusent Mary Nichols de "racisme environnemental".

A peine confirmé dans ses futures fonctions, Joe Biden doit affronter sa première tempête politique. Il s’agit de trouver la bonne personne pour occuper le poste d'administrateur général de l’Agence fédérale de protection de l’environnement (US EPA). Durant la campagne, le futur président des Etats-Unis avait fait son choix. Pour redorer son blason, durablement terni par l’administration Trump, l’EPA allait être dirigée par Mary Nichols. Totalement inconnue du grand public, cette juriste septuagénaire est pourtant l’une des meilleures spécialistes américaines des marchés de quotas d’émissions.

En 1979, elle a contribué à élaborer le programme d’amélioration de la qualité de l’air en Californie. Après un tour à l’US EPA, déjà, sous la présidence Clinton, Mary Nichols revient dans le Golden State. La mission que lui confie le gouverneur Schwarzenegger n’est pas mince.

une spécialiste des marchés du carbone

Il s’agit de créer le plus important marché de quotas de gaz à effet de serre de l’Amérique du nord. Mission accomplie. Lancée en 2006, la Western Climate Initiative (WCI) régule les émissions de Ges de l’industrie et des transports du plus riche des Etats fédérés et du Québec (400 Mt de Ges par an). Ce qui en fait le plus grand système d’échange de quotas du monde après l’ETS européen. Entre 2000 et 2018, les émissions carbonées du Golden State ont baissé d’environ 10%. Pas si mal pour un Etat américain.

Joe Biden qui entend tarifier les émissions américaines avait tout intérêt à appeler à Washington la Reine du vert. Patatras. C’était sans compter sur les militants de la justice environnementale. Début décembre, 70 ONG (dont Greenpeace et le Rainforest Action Network) ont cosigné une lettre ouverte au président-élu, lui demandant de renoncer à nommer Mary Nichols.

Ni la compétence, ni l’efficacité de la patronne du California Air Resources Board ne sont en cause. Dans leur missive, les associations reprochent à Mary Nichols de ne pas avoir intégré aux règles encadrant le marché californien du carbone des mesures de protection des minorités.

racisme environnemental

Une étude de deux chercheurs du National Bureau of economics research, parue en mai, affirme que la mise en œuvre de la WCI a modifié les pratiques de nombreux acteurs assujettis, augmentant le niveau de pollution urbaine dans certaines zones de la Californie.

Selon les deux économistes californiens, la WCI, a permis aux exploitants de raffineries de compenser leurs émissions. Dans certains cas, les industriels ont pu accroître leur activités et leurs émissions, dégradant de facto la qualité de l’air de quartiers majoritairement occupés par des ménages pauvres, noirs ou latinos. Or, la pollution urbaine est soupçonnée de favoriser la diffusion de certains agents pathogènes, dont celui de la Covid-19. Ce faisant, estiment les signataires de la lettre ouverte, madame Nichols et son équipe ont fait preuve de "racisme environnemental". Terrible accusation.

Si le sort de Mary Nichols semble scellé, l’équipe de Joe Biden peine à lui trouver un successeur.