CO2 : le Parlement européen compense ses émissions

Le 29 septembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le siège du parlement européen à Strasbourg.
Le siège du parlement européen à Strasbourg.

Après avoir publié son premier bilan carbone, le parlement européen et ses trois sièges cherche la voie de la neutralité carbone.

C’est un sujet que les partisans du maintien du parlement européen (PE) à Strasbourg devront manier avec précaution. A la demande de sa commission environnement (présidée par le Français Pascal Canfin, Renew), le PE a évalué son empreinte carbone. Publié le 21 septembre, le rapport est une mine d’informations. Mine qui pourrait se révéler explosive.

Au nombre de 705, les Eurodéputés disposent de deux hémicycles et des bâtiments administratifs qui vont avec, à Bruxelles et à Strasbourg pour les sessions plénières. Histoire oblige: une partie de l’administration du parlement (les services de traduction, notamment) restent cantonnés à Luxembourg. Un parlement, qui s'appuie sur trois sites, le tout s'étendant sur plus d'un million de mètres carrés.

le poids des transports

Réalisée avec la méthode française du Bilan carbone, l’étude porte sur les chiffres les plus récents. En 2018, donc, les activités du PE ont contribué à l’émission de 154.893 tonnes de gaz à effet de serre (GES). Une évaluation incomplète puisque ne prenant pas en compte les émissions imputables aux visiteurs «non subventionnés» par le parlement: journalistes, lobbyistes, personnels de la Commission et du Conseil.

Globalement, ce sont les transports (de personnes essentiellement, mais aussi de fret) qui portent la plus lourde responsabilité climatique. La mobilité des députés, des membres de leur administration et des fonctionnaires représente 67% des émissions de GES du PE. Loin devant les rejets carbonés imputables à la consommation d’énergie des bâtiments (14%), aux achats de fournitures et de denrées alimentaires (6%), aux immeubles (12%).

Ce bilan carbone est-il positif ou négatif? Tout dépend de la réponse escomptée. Les partisans du statu quo notent que, globalement, les émissions ont baissé de 15% entre 2006 et 2018. Ancienne maire de Strasbourg, l’eurodéputée Fabienne Keller (Renew) souligne que «le fonctionnement du siège de Strasbourg ne représente que 14,9%» des émissions totales, contre 76% pour Bruxelles et 8,9% à Luxembourg.

classe affaires

Atteindre la neutralité carbone, espérée en 2030, impose pourtant des choix drastiques. Les transports représentant les deux tiers du bilan carbone, certains suggèrent d’abandonner les sessions plénières à Strasbourg et de recentrer les activités à Bruxelles. Fabienne Keller réplique en rappelant que seules 15% des émissions imputables aux transports de personne concernent le siège de Strasbourg et que les rejets de carbone énergétiques des bâtiments européens strasbourgeois ne représentent que 5% de l’ensemble.

Des experts proposent aussi de réduire le nombre de visiteurs dont le voyage a été réglé par le PE. Leurs «voyages d’études» ont contribué à l’émission de près de 36.000 tonnes de GES en 2018 : 23% du total. Autre possibilité: faire voyager les députés en classe économique plutôt qu’en Business, 30% plus carbonée. En 2018, 77% des billets d’avion achetés pour le compte des eurodéputés étaient en classe affaire, contre 23% en classe éco.

Le télétravail pourrait aussi se développer. Les 18.600 journées de travail à la maison accordées chaque année évitent l’émission de … 86 tonnes de CO2. On doit pouvoir mieux faire. En attendant d’accroître le nombre de bornes de recharge de voitures électriques, de multiplier les vidéoconférences ou d’améliorer l’efficacité énergétique (déjà excellente) de ses bâtiments[1], le Parlement européen compense ses émissions incompressibles.

En 2018, un budget de 209.000 a été consacré à l’achat de crédits carbone volontaires. Leur vente a permis de financer un projet de valorisation de la biomasse au Malawi, l’amélioration de foyers de cuisson au Ghana et la modernisation de cuisine en Ouganda.



[1] Les bâtiments du parlement européen ne consomment, par ailleurs, que de l’électricité d’origine renouvelable.