CO2 : l’OMI légifère au ralenti

Le 28 octobre 2020 par Victor Miget
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 Le transport maritime international représente environ 2,5% des émissions mondiales.
Le transport maritime international représente environ 2,5% des émissions mondiales.

Un groupe de travail de l'Organisation maritime internationale propose de réduire l'intensité en carbone des navires de commerce. Peu contraignante, cette mesure pourrait ne jamais être appliquée.  

 

La semaine dernière, le groupe de travail de l’OMI a phosphoré sur la décarbonation du transport par bateaux. Objectif : trouver des solutions permettant de réduire de 40% entre 2008 et 2030 l’intensité carbone du fret maritime.

Plusieurs mesures ont été votées, comme la certification de l’efficacité énergétique (EEXI) ou la limitation de puissance des moteurs.. Un système de mesure de l’intensité carbone des navires (CII) nécessaire au classement annuel des bâtiments en fonction de leurs performances réelles a également été adopté. Les bateaux battant catégorie A auront une faible intensité carbone, contrairement à ceux classés E (forte intensité carbone). Cette classification «permettra aux États, aux financeurs et aux chargeurs de mettre en place des mécanismes d’incitation de type bonus-malus», se félicite le ministère français de la Mer.

Ces mesures s’appliqueront aux plus grands navires (cargo, pétrolier…), à l’origine de plus de 80 % des émissions de gaz à effet de serre du transport maritime. Ces projets doivent encore être adoptés par l’organe de décision de l’OMI, le Comité de la protection du milieu marin (MEPC 75), dont la prochaine réunion se tiendra mi-novembre. S'ils sont approuvés, ces textes devront encore être validés à la prochaine session du MEPC 76, prévue en 2021. L’organisation précise dans son communiqué que «les projets d'amendements exigeraient que l'OMI examine l'efficacité de la mise en œuvre des exigences CII et EEXI, au plus tard le 1er janvier 2026, et, si nécessaire, élabore et adopte de nouvelles modifications».

Manque d’ambition

Si la ministre française de la mer, salut «une belle avancée», Annick Girardin regrette un manque d’ambition. «Ce résultat n’est pas à la hauteur des attentes de la France car il ne garantit pas l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris sur le climat ni de la stratégie de l’OMI. Il constitue cependant une étape importante pour instaurer dès 2023 un mécanisme de décarbonation du transport maritime international».

Les ONG sont plus sévères. Elles dénoncent des mesures imparfaites et insuffisantes. Plusieurs ONG (WWF, T&E, Pacific Environment, Clean Shipping Coalition et Seas at risk) estiment dans un communiqué commun, que les mesures en freineront pas l’augmentation des émissions de dioxyde de carbone du transport maritime. Le transport maritime international représente environ 2,5% des émissions mondiales, soit environ 1 milliard de tonnes d’équivalent CO2 par an. Des émissions qui exploseront à mesure que les flux commerciaux internationaux augmenteront craignent les ONG. Navires performants ou pas.

Les garde-fous sont en effet légers: «la proposition ne contient toujours pas d'objectif d'intensité de carbone […] la proposition permettrait, au mieux, de réduire les GES de seulement 0,65% à 1,3% d'ici à 2030», déplore les ONG. De plus, les navires non conformes pourront continuer à sous-performer pendant trois années consécutives (jusqu’en 2023). Et ce, «avant même d'avoir à déposer un plan pour apporter des améliorations», ajoute les militants. 

Autre critique : toutes les clauses qui entraîneraient des conséquences en cas de non-conformité - telle la révocation de la déclaration de conformité d’un navire - ont été supprimés. Dans ces conditions, difficile d’imaginer atteindre les objectifs fixés par la stratégie initiale de l'OMI sur les GES, adoptée en 2018, qui ambitionne de réduire de moitié les émissions de GES des navires d'ici 2050, par rapport à 2008.