CO2: feu vert européen au projet Porthos

Le 02 octobre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le port de Rotterdam veut se décarboner.
Le port de Rotterdam veut se décarboner.
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Le Port de Rotterdam veut collecter et injecter dans le sous-sol sous-marin des millions de tonnes de CO2 industriel.

L’Europe se tourne de nouveau vers le stockage géologique de CO2. Après avoir tenté de décarboner ainsi les effluents des centrales électriques au charbon, la Commission vise désormais les rejets des autres industries. Ce vendredi 2 octobre, les 27 ont donné leur accord à un milliard d’euros de subventions européennes. Indispensable en terme de sécurité, l’interconnexion électrique de la Pologne et de la Lituanie rafle les deux tiers de la mise. Autre gagnant, le projet Porthos décroche 102 millions d’euros.

industries lourdes

Lancé par le port de Rotterdam, le programme consiste à collecter les émissions de gaz carbonique des industries lourdes présentes sur le périmètre du plus grand port d’Europe. Les usines d’Air Liquide, d’Air Products ainsi que les raffineries d’ExxonMobil et de Shell ont déjà manifesté leur intérêt pour le projet.

Stocké, comprimé, séché, le dioxyde de carbone serait ensuite acheminé vers d’anciens gisements d’hydrocarbures sous-marins, situés à une vingtaine de kilomètres des côtes néerlandaises. Le gaz serait ensuite injecté dans la structure géologique, située à plus de 3.000 mètres de profondeur.

Au début du siècle, Gaz de France avait injecté, à titre expérimental, 20.000 tonnes de CO2 dans un gisement déplété du champ gazier de K12-B, à quelques dizaines de kilomètres du champ P-18, convoité par le port de Rotterdam.

alliance portuaire

Classé programme d’intérêt commun, le projet Porthos pourrait éviter l’émission à l’atmosphère de 2,5 millions de tonnes de CO2 par an, soit 10% environ des émissions industrielles du bassin de Rotterdam, estiment ses promoteurs. Ce qui ne laissent pas les autres autorités portuaires indifférentes. Le port d’Anvers (Belgique) et North Sea Port (regroupement des portes de Gand, Terneuzen et Vlessingue) se sont joints au projet porté par Rotterdam au printemps 2019.

Le montant total du devis est estimé à 500 millions d’euros, hors installations de captage. Il s’agira essentiellement de mettre en service un réseau de carboduc pour collecter le CO2 industriel, avant de l’envoyer en mer. Cette infrastructure pourrait être exploitée par Gasunie, le gestionnaire des réseaux de transports de gaz des Pays-Bas.

La décision finale d’investissement est attendue pour l’automne 2021. Les premiers mètres cubes de CO2 pourraient alors être injectés dans le sous-sol de la mer du Nord dès 2024.