La Norvège veut stocker le CO2 de l'industrie européenne

Le 20 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'incinérateur de Klemetsrud pourra se débarrasser de 400.000 t de CO2/an.
L'incinérateur de Klemetsrud pourra se débarrasser de 400.000 t de CO2/an.
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La Norvège va pouvoir exploiter son troisième site de stockage géologique de carbone.

 

L’un des plus gros programmes de captage-stockage géologique de CO2 européens vient de franchir une nouvelle étape. Le 17 juillet, l’Autorité de surveillance de l’association européenne de libre-échange (AELE) a autorisé le gouvernement de Norvège à cofinancer le projet Northern Lights (aurores boréales). Lancé en 2017, il prévoit de stocker, dans un ancien gisement sous-marin d’hydrocarbures, le gaz carbonique extrait des effluents gazeux de deux usines norvégiennes.

800.000 t de CO2 par an

Oslo prévoit d’équiper l’incinérateur de Klemetsrud et la cimenterie Norcem de Brevik (deux sites situés au sud du royaume) de systèmes de captage de dioxyde de carbone. Lavées, séchées et liquéfiées, les 800.000 tonnes par an de gaz seront ensuite transportées, par bateau[1], sur le terminal d’injection, situé à Øygarden, à 700 km à l’ouest des deux usines. Régazéifié, le CO2 sera alors envoyé dans un gazoduc sous-marin, d’une centaine de kilomètres de long, avant d’être injecté dans l’un des gisements déplétés de Troll[2], à 3.000 mètres de profondeur.

d'autres clients européens?

Porté par les pétroliers Equinor, Shell et Total[3], Northern Lights sera financé à 80% par le gouvernement norvégien. Le montant total de l’investissement est estimé à 2,6 milliards d’euros, coût d’exploitation pendant une décennie compris. Selon l'atlas norvégien des structures géologiques, la structure géologique de Troll pourrait stocker 14 milliards de tonnes de CO2. Les promoteurs du projet espèrent attirer rapidement d’autres clients européens (belges, français, britanniques et néerlandais, notamment) et porter à 5 MtCO2/an le rythme d’injection. Les premières tonnes de dioxyde de carbone pourraient être enfouies en 2024.

deux sites en exploitation

Le royaume de Norvège exploite déjà deux sites de séquestration sous-marine du carbone. Le premier a été inauguré, en 1995, sous la plateforme gazière de Sleipner A, en mer du nord. Il stocke un million de tonnes de CO2 par an. Lancé en 2008 en mer de Barents, le second site stocke les 700.000 tonnes de gaz carbonique produit par le train de liquéfaction du site de Snovhit, également exploité par le pétrolier norvégien Equinor.



[1] Les deux navires transporteront le CO2 comprimé à 18 bars et refroidi à -30 °C.

[2] Troll est le nom de l’un des plus grands gisements de gaz naturel de la mer du nord norvégienne.

[3] Chaque compagnie pétrolière investira environ 200 M$.