Climat: Ursula von der Leyen va de l'avant

Le 16 septembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'hémicycle du parlement européen était presque vide.
L'hémicycle du parlement européen était presque vide.
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Dans son premier discours sur l’état de l’Union européenne, prononcée devant le Parlement européen, la présidente de la Commission annonce un renforcement de l’ambition climatique communautaire. Et la levée de 250 milliards d’euros d’obligations vertes.

C’est en évoquant une figure mythique de l’imaginaire européen que la présidente de la Commission européenne a entamé son premier discours sur l’état de l’Union européenne, ce 16 septembre. Ursula von der Leyen a rappelé combien Andreï Sakharov avait foi dans «la force cachée de l’esprit humain». Une force dont l’Europe a fait preuve durant la pandémie, a-t-elle rappelé. L’occasion de rendre aussi hommage aux soignants et aux «travailleurs de première ligne» qui ont soutenu les Européens aux heures les plus sombres du confinement.

Dégradation de l’environnement, désordre mondiale, récession économique, montée des intolérances, la patronne de l’UE a dressé un état du monde et de l’Europe lucide durant son allocution. Et ouvert de nombreuses pistes d’espérance, malgré une baisse de 12% du PIB européen durant le second semestre.

Moins de quotas gratuits ? Dans un rapport, publié ce 16 septembre, la cour des comptes européenne critique l’allocation de quotas d’émissions GES gratuits. Environ 40 % des quotas alloués à l’industrie et au secteur aérien européens ne sont pas mis aux enchères. Ce qui réduit l’incitation de ces secteurs à se décarboner et réduit le montant des enchères, dont la moitié des recettes doit être affectée par les Etats à la lutte contre le réchauffement. La cour des comptes propose de réduire les allocations gratuites et de les réserver aux secteurs concernés par les fuites de carbone.

L’un des leviers les plus puissants sera, bien sûr, l’application du Pacte vert, financé en grande partie par NextGenerationEU. Adopté dans la douleur par le dernier conseil européen, ce programme est doté de 750 milliards d’euros, dont 37%, a-t-elle rappelé, seront «consacrés directement aux objectifs de notre pacte vert.» Une bonne partie de ces fonds seront financés par le secteur privé: la Commission prévoit de lever 250 milliards au moyen d’obligations vertes. Jamais, les green bonds n’auront été utilisés pour collecter autant d’argent.

Pour accélérer la décarbonation de l’économie européenne, mais aussi des échanges, Ursula von der Leyen a confirmé le rehaussement de l’ambition climatique des 27. La Commission propose que les 27 réduisent d’au moins 55% leurs émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030. Pour ce faire, Bruxelles va prochainement engager la révision de son corpus juridique énergie-climat.

Seront ainsi passée au crible les directives et règlements sur les énergie renouvelables (ENR), le système communautaires de quotas d’émissions de GES (l’ETS), les économies d’énergie et l’efficacité énergétique, la fiscalité de l’énergie. Ce ne sera qu’un début: «nous nous attaquerons donc à tout, aux produits chimiques dangereux comme à la déforestation et à la pollution.»  

Dans les prochains mois, l’exécutif communautaire publiera aussi son projet de texte instituant le mécanisme d’inclusion aux frontières. Cette taxe carbone frappera les produits des pays n’appliquant pas l’Accord de Paris. Objectif: les mettre au même niveau de prix que les produits comparables fabriqués par des usines européens soumises au système communautaires de quotas d’émissions de GES (l’ETS). Ursula von der Leyen n’a pas caché que les recettes de cette taxe carbone aux frontières financeraient le budget européen. 

Car, en plus de celle contre le carbone, la présidente von der Leyen engage une nouvelle lutte. L’ancienne ministre de la défense de l’Allemagne veut construire une véritable Europe de la santé. Celle-ci passera par la création par le renforcement «du rôle et des pouvoirs de l’agence européenne du médicament et de l’ECDC, notre centre de prévention et de contrôle des maladies». Bruxelles veut aussi créer une agence européenne de recherche et de développement biomédicaux et doter l’Europe de stocks stratégiques de produits pharmaceutiques. Ce ne sera pas du luxe.